138e film de l’année : Lord of War (revisionnage)
Deux contrebandiers (Jared Leto et Nicolas Cage), bien habillés en costard, se promènent dans des zones désertes, détruites par la guerre.
Guerre qu’ils créent.
Bienvenue dans Lord of War.
« Il n’y a rien de plus coûteux pour un marchand d’armes que la paix. »
La guerre est un drame pour la nature et la civilisation, mais elle est un business pour les hommes en noir.
Les dialogues sont puissants : ils montrent que les vendeurs d’armes voient ça comme un business comme un autre — au même titre que les cigarettes ou les voitures.
Les cigarettes et les voitures tuent plus que les armes, mais les armes ont au moins un cran de sûreté.
Jared Leto est très bon, un de ses meilleurs rôles.
C’est le ressort comique du film : dire que ce que son frère vend tue, pendant qu’il consomme un rail de coke.
Un humour cynique, à l’image du concept du film : transformer le drame et l’horreur en business, mais avec un sourire.
Nicolas Cage… c’est Nicolas Cage.
Dans ce film, il est très bon, très énergique comme à son habitude.
Son côté choqué / contradictoire est très intéressant et colle parfaitement au propos du film :
un contrebandier finançant les guerres, mais qui refuse d’être présent au moment des drames.
Un homme qui tue sans jamais tenir l’arme en main.
Plans d’ensemble avec Cage au centre, carnage autour (munitions au sol) : ça fait partie de mes plans d’ensemble préférés all time (visuellement, mais encore plus pour le sens derrière).
Les plans d’ensemble sont représentatifs du propos du film.
Le film jongle entre deux étalonnages :
Bleuté, couleurs froides (à l’image du sujet central du métrage : la guerre froide).
Jaunâtre, type lumière naturelle, en accord avec les munitions de kalachnikov.
À la base, j’adorais Lord of War pour son esthétisme.
Certains plans cités plus haut — ceux où Nicolas Cage apparaît en costard, hyper classe, au milieu de décors désertiques remplis de munitions — créent un contraste visuel fort entre l’élégance du personnage et la violence du monde qui l’entoure.
C’est typiquement le genre de plans d’ensemble qui me marquent au cinéma.
Ce contraste entre l’élégance au centre et le chaos en fond (la guerre) est une des grandes forces du film.
Le film (en plus d’être ancré dans le réel) s’appuie aussi sur certains faits historiques, comme le paiement en petits diamants.
Magnifiques en apparence, ils sont surnommés “diamants de sang”, car ils constituent une des principales formes de paiement dans ces zones.
Un film original et hyper intéressant sur qui dirige, qui finance les guerres et comment ça se passe, notamment dans des pays défavorisés, là où les armes coûtent moins cher que tout.
Lord of War est drôle, cyniquement drôle.
Il est aussi dramatique.
Mais le drame est si beau quand il est montré derrière une caméra, à travers un divertissement, n’est-ce pas ?
Certains, comme J. Robert Oppenheimer, créent la mort.
D’autres, comme Yuri Orlov, la vendent.
9/10