Los Delincuentes constitue une rare expérience de cinéma en ce qu'il échappe à toute notion de prévisibilité. Rodrigo Moreno y dépoussière et réinvente le film de casse via un travail d'épuration drastique. Bien loin des beaux gosses de la saga Ocean's et du clinquant spectaculaire de leurs coups foireux, les protagonistes de Delincuentes sont des figures anonymes noyées dans le train-train mortifère d'une banque liberticide.
Leur méfait, élément déclencheur de l'intrigue, est ainsi filmé avec une absence d'emphase qui refuse le suspense classique. Le récit subsidiaire est à l'avenant, qui abandonne rapidement les traditionnelles chasses à l'homme et enquêtes pour accoucher de digressions romantiques et autres chemins de traverse bucoliques.
Découpage plus ample, profondeur de champ dégagée et plans larges qui inscrivent davantage l'humain dans de magnifiques plaines vierges, silences et dialogues intimes murmurés qui prennent le contre-pied de l'incoercible logorrhée qui officiait en milieu urbain... Los Delincuentes se mue avec délice en ode contemplative à une vitalité et une paisibilité enfin retrouvées. Un voyage sensoriel minimaliste et finalement déchirant de pudeur.