Dans un registre proche mais pourtant éloigné (et moins agaçant) de Woody Allen, Albert Brooks se fond parfaitement dans son personnage névrosé. Par un boulot qui phagocyte tout entrain (la musique enjouée qui l’accompagnait dans sa marche se coupant nette dès lors que la porte du bureau est passée). Par l’éternelle insatisfaction de la (peur de la) stagnation d’une vie, que l’on tente de compenser par des achats impulsifs, un matérialisme comme Xanax totalement homéopathique (donc inutile).
Un peu comme moi avec ma filmothèque qui n'en finit pas de s’agrandir et dans laquelle s'engouffre des centaines d’euros quitte à me mettre au bord du rouge. Ou mon obsessionnelle collectionnite qui me fait critiquer et lister ici tout ce que ma cinéphagie me fait digérer, comme pour me donner un sens et une forme de légitimité, pour remplir un vide.
Oui, je me reconnais en David et dans ce qui le mine. Dans cette envie d’envoyer chier mon boulot, ma carrière dépassionnée, planquée derrière un PC, dans un coup d’éclat jouissif et de partir me trouver sur la route. Un délire New Age (basé pour Brooks sur Easy Rider) dont on connaît évidemment l’issue. Car pour pouvoir se permettre ce nouveau départ, il faut être en mesure de pallier les besoins primordiaux de logement et d’alimentation. D’avoir son propre “nest-egg” pour aller contre vents et marées. Donc il faut être riche pour pouvoir jouir en toute impunité.
Car sans argent, et donc sans sécurité, c’est l’éclatement, au moins le temps de se réadapter à un nouveau mode de vie, un nouveau mode de fonctionnement sans le superflus et avec un retour à l’essentiel. L’amour donc. Si on a l’amour, on peut manger de la merde dans une société aux rouages trop évidents et trop cyniques ou les doux rêves des plaisirs simples sont systématiquement broyés par la machine.
C’est l’amer constat de Lost in America qui boucle en nous faisant passer de la côte ouest à la côte est pour nous faire revenir au point de départ, mais en réaffirmant les liens qui unissent David et Linda (Julie Hagerty, sémillante hôtesse de Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion?). Mais ce constat est fait avec un humour décapant qui se traduit par des dialogues au cordeau, des échanges bien sentis qui viennent renverser les attendus de la comédie road-trip pour en faire une savoureuse pépite de noirceur désillusionnée.
Du coup j’écris une critique de Lost in America et je dis merci à compagne.