Love on Trial
6.4
Love on Trial

Film de Kōji Fukada (2025)

Je t’aime… moi non plus (sous contrat)

Avec Love on Trial, Koji Fukada s’attaque aux coulisses fabriquées du monde de l'industrie du divertissement musical (ici de la J-Pop), un système où tout est pensé, contrôlé, scénarisé.


Pour ce, il prend d'abord son temps : il installe patiemment ce mécanisme presque invisible, ce cercle vicieux où l’on crée une idole, on la façonne, puis on l’enferme dans une image qu’elle doit entretenir coûte que coûte.


Ce que Fukada montre bien, c’est cette pression constante : il ne s’agit pas seulement de chanter ou de performer, mais de maintenir une illusion. Faire croire aux fans qu’il existe un lien réel, intime, presque amoureux. Et en face, il y a ces fans justement, qui, avec la complicité toxique des producteurs, finissent par se construire une réalité parallèle où ils pensent connaître l’idole, faire partie de sa vie. Le film capte très bien ce glissement, puis ce qui se passe quand tout dérape.


Ce n’est peut-être pas le film le plus ambitieux formellement de Fukada, ni le plus marquant de sa filmographie. Il est assez linéaire dans sa première partie, presque didactique par moments, comme s’il voulait trop poser les bases avant d’aller plus loin (quitte à être trop explicatif). Mais ce choix finit par payer, parce que la seconde partie devient beaucoup plus intéressante : les personnages sont confrontés à leurs décisions, et surtout la protagoniste, dans sa vie privée comme professionnel.


À partir de là, le film devient presque intérieur.

est-ce qu’on a raison de s’opposer à un système comme celui-là ?

Est-ce que ça vaut le coup de sacrifier un rêve d’enfance pour rester fidèle à soi-même ?

Ou est-ce qu’on est déjà trop pris dans l’engrenage ?


Le film ne donne pas de réponse simple, ni même de réponse définitive, et c’est ce qui le rend assez juste. On sent qu’elle devient, d’une certaine manière, victime de ses propres choix autant que du système.


On retrouve l'une des forces du cinéma de Fukada : La maîtrise de l’écriture. Il construit ses personnages avec précision, mais il sait aussi s’arrêter. Il y a des moments suspendus, presque poétiques, qui contrastent avec la dureté du propos. Je pense notamment aux petites escapades entre amies, aux scènes de concerts ou de mime, des respirations où les personnages semblent exister en dehors du regard des autres. Et plus tard, ces moments en extérieur, comme cette scène en voiture au coucher du soleil, qui donne une impression de liberté fragile, presque inaccessible.


Ces parenthèses sont d’ailleurs parmi les plus belles du film. Elles permettent de ressentir concrètement ce que pourrait être une vie hors de ce milieu toxique. Et c’est justement ce contraste qui rend le retour à la réalité encore plus brutal, notamment dans les scènes de procès, très réussies, jamais lourdes, mais toujours tendues, où la question du droit du travail et de la liberté individuelle est abordée sans didactisme.


Love on Trial est un portrait de femme marquant où elle doit faire face à ses contradictions, ses failles et ses choix dans un univers sans pitié. Un personnage qui avance sans certitude, qui se débat entre ce qu’elle voulait être et ce qu’on attend d’elle. Koji Fukada se montre suffisamment fin et humain pour rendre son film marquant, refusant les réponses faciles et définitives.

Créée

le 26 mars 2026

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Docteur_Jivago

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