Premier opus des aventures de Lucienne orchestrées par Geordy Couturiau (réalisé trois ans avant Lucienne dans un monde de solitude), Lucienne mange une auto est un moyen métrage au titre on ne peut plus révélateur. Perdue dans ce que l'on devine être une belle bourgade comme seules les campagnes du nord de la France et la Belgique peuvent en créer, Lucienne s'ennuie étonnamment à mourir, la faute peut être au manque de distraction symptomatique de ce genre de localité. N'arrivant plus à créer du lien avec son père malade, elle décide alors de manger la voiture à laquelle il tenait beaucoup car "nous sommes ce que nous mangeons", comme le dit une affiche du lieu d'information le plus en vue du village : le bar du coin.
Tentative désespérée de renouer un lien avec son paternel mais surtout de donner un sens à ce que l'on devine être une vie fort insipide, cette dégustation de poudre métallique (avec morceaux, s'il vous plait) entrainera Lucienne dans une succession d'actes dont la violence va crescendo et dont la stupidité pour le commun des mortels n'a d'égal que la logique dans son esprit, finissant comme on pouvait s'y attendre dans le sang et le diesel.
Il est difficile de regarder de regarder ce film sans penser à la première partie de Titane, mais si le rapport intense puis sexuel avec une belle cylindrée les relie, on est clairement face à deux écoles opposées en termes de mise en scène. Contrairement au film de Julia Ducournau (que je considère aussi comme excellent dans son style), Lucienne mange une auto n'a rien d'ostentatoire ou de désordonné : filmé de manière détachée, multipliant les travelings et les plans larges dans une ambiance globale éthérée, il donne une impression de mauvais rêve un peu trop réaliste.
Si l'impression de manque de catharsis est bien présente à la fin, il est toutefois impossible de reprocher à Geordy Couturiau d'avoir fait un film sans intérêt tant l'ensemble fait sens.