J'ai regardé "Maboroshi" par hasard un soir, en me disant que j'allais m'entraîner à observer attentivement la construction et le scénario d'un film.
Quelle ne fut ma surprise d'avoir choisi au milieu de ma longue liste Netflix, un anime qui allait s'avérer incroyable sur le plan scénaristique ! (Tout du moins à mes yeux d'amateur...)
Synopsis :
Masumune, un adolescent, traine avec ses amis lorsque l'aciérie de leur ville explose. A partir de là, l'histoire semble se construire en spirale autour d'une feuille d'orientation sur laquelle notre protagoniste doit s'identifier et exprimer ses choix de vie future. On comprend dans l'ordre chronologique que le temps se suspend dans la ville après l'explosion, avec un phénomène de dôme qui entoure la ville. Des fissures apparaissent sur ce dôme qu'un "loup" de fumée va alors réparer. Si les habitants semblent exprimer une émotion trop forte, ils se fissurent également et le loup de fumée les emporte. Au milieu de tout ça, Masamune suit Mutsumi, une ado de sa classe qui agit bizarrement et lui présente, au fond de l'aciérie, une jeune fille sauvage qui lui ressemble étrangement.
Tandis que les protagonistes et les habitants avancent dans leur quête de compréhension du monde qui les entoure, la vérité éclate : ils ne sont qu'illusion, une forme de monde parallèle créée au moment de l'explosion. Bénédiction divine pour certains qui peuvent ainsi continuer "à vivre" et profiter de leurs derniers instants à jamais, mais malédiction divine pour d'autres qui se sentent pris au piège.
Au milieu de tout ça, l'enfant sauvage Itsumi, seule vraie "vivante" qui vient du monde réel, s'avère être en fait la fille future de Masamune et Mutsumi. Ils font alors tout pour la renvoyer dans le monde des vivants, avant de profiter une dernière fois de leur amour dans le monde qu'ils connaissent.
Points forts :
L'histoire, évidemment ! Originale, complexe juste comme il faut, je ne peux m'empêcher de voir une ode à la vie dans cette histoire qui porte les bannières du drame. Quand on observe attentivement, le film nous montre à quel point Masamune lutte pour savoir qui il est, ce qu'il veut faire dans la vie, qui il aime... en fait il lutte pour vivre.
Au début du film, il est anesthésié par tout ce qui l'entoure, perdu, en recherche de sensations... et se découvre aux côtés de Mutsumi qui par sa simple existence lui faire ressentir ses émotions qui lui manquent comme la première scène d'interactions entre eux, où elle lui montre sa culotte du toit, il la rejoint alors énervé; jusqu'à la scène finale post climax où ils s'embrassent et expriment leur joie d'être en vie tout simplement.
Plus qu'une ode sur la vie, j'ai eu l'impression tout le long du film que tout était métaphore de la dépression (ce qui est peut-être une interprétation purement personnelle) : dès la première scène, on entend en fond sonore que les garçons écoutent une émission de radio où l'invité parle de se suicider (moment repris alors à la fin de l'animé dans la voiture, lorsque l'émission reprend là où elle en était, et c'est alors notre protagoniste post transformation qui répond à l'invité en lui disant de se battre pour la vie etc), le dôme tombe sur les habitants comme tombe le voile de la dépression après une explosion (qui serait alors la métaphore d'un trauma, un décès ..).
Les habitants n'ont pas la possibilité finalement d'exprimer/ressentir d'émotions fortes, non sans rappelé l'émoussement des émotions également présent dans cette pathologie.
On peut également considérer que le film nous fait traverser les émotions fortes liées au deuil tels que le déni (le dôme qui "cache" la vérité, le refus des habitants de comprendre qu'ils ne sont qu'illusions etc), la culpabilité (le passage sur Sonobe et sa déclaration d'amour, l'isolement forcé d'Itsumi..), la colère (celle de Matsume à plusieurs reprises, de son amie qui kidnappe Itsumi..), la négociation (notamment religieuse comme avec le père de Mutsumi qui est un vrai gourou).
En bref, cette métaphore, ce sens caché du film qui est particulièrement touchant ne peut que me donner envie de mettre une très bonne note à un anime qui a su allier de lourdes thématiques riches en émotions, de façon subtile et poétique (comme les Japonais savent le faire).
Les points faibles :
J'ai regardé le film dans un but d'analyse donc j'ai fait beaucoup de pauses pour noter le déroulé. Si la technique en spirale est sympa et change des récits linéaires, elle peut en revanche prêter à confusion si tout n'est pas bien expliqué (sans dire trop non plus), et je pense que le film peut malheureusement en perdre plus d'un sur ce point.
Autre point, je n'ai personnellement pas accroché à l'aspect d'Itsumi qui a des sentiments pour Matsume, qui est en fait son père. J'ai considéré cela comme un processus normal d'Oedipe, d'une petite fille envers son père, donc plus comme un symbole qu'un trait vicieux quelquonque. Cela étant dit, que le film se clôture sur une allusion à cela me parait décevant, j'aurai préféré que la fin soit la scène post climax où les protagonistes roulent dans l'herbe...
En somme, "Maboroshi" reste une très belle oeuvre, précieuse par son scénario, les émotions qu'elle fait vivre et son message positif !
N'hésitez pas à me dire ce que vous en penser en commentaires pour ceux qui ont aimé, si vous avez la même vision que moi ou au contraire que vous avez compris les choses différemment ! :)