Macadam à deux voies par Biniou
Dans Macadam à deux voies on suit deux hommes d’une petite trentaine d’année, visage froid, jeans et tee-shirt pendant tout le film. Ils arpentent, au volant de leur Chevrolet 1955 gonflée à bloc, les petites villes de l’Ouest américain à la recherche de voiture à affronter lors de course illégale, le but étant l’argent et peut être quelques sensations. Ces deux hommes, l’un mécano, l’autre pilote, n’auront pas de nom au cours de ce périple, ce sont seulement des figures qui semblent être nés sur la route. Il n’y a chez eux jamais signe de la moindre excitation, ils sont impassibles, vivre sur la route n’est pour eux, aucunement le moyen d’échapper à quelque chose ou de manifester leurs libertés, ce sont des fantômes fonçant sur l’asphalte sans but ni désir.
Il ne sera passera finalement que deux choses pendant l’heure et demie que dure le film, une fille se glissera dans leur voiture et fera naître chez le pilote un semblant de sentiment, un pincement au cœur. Ils seront un peu plus tard mis au défis par une Pontiac GTO, qui à comme conducteur un quarantenaire fantasque qui petit à petit se liera avec eux, de faire la course jusqu'à Washington, leur voiture et donc leurs vies étant le prix pour le vainqueur. C’est à peu près tout ce qu’Hellman raconte et pourtant, plus le film avance plus une douce mélancolie émane des images auxquels on assiste, une sorte de désenchantement apparaît et contamine chaque plan. Le coté monolithique du duo principale tranche avec la fougue de leur passagère pleine de vie, mais aussi avec la folie de leur rival, génial Warren Oates, qui n’en finit plus de prendre des auto-stoppeurs pour leur raconter des histoires à propos de sa voiture ou de sa vie passée.
Ce n’est pas évident de déceler un propos dans tout ça, deux hommes condamné a errer sur la route jusqu'à la prochaine ville, le prochain snack, la prochaine course qu’ils perdront peut être et la vie avec. Une seule chose est sur, pour eux aucun espoir de rire, d’amour ou de quoi que ce soit qui ressemblerait à de la vie. C’est badant mais très beau.