Première vision de ce film pour ma part, plus de cinquante ans après sa réalisation (la cinéphilie, est un hobby inextinguible).
Dans des conditions de visualisation optimales qui plus est, grâce aux éditions ESC qui ont offert à ce film une restauration aux standards actuels, que j'ai trouvé de toute beauté.
Loin d'être un connaisseur des oeuvres de Shakespeare, et de ses adaptations ciné, ce qui m'a frappé en premier lieu, c'est le choix de Polanski d'avoir transposé cette oeuvre comme s'il s'agissait d'un film d'héroïc-fantasy brutal.
L'atmosphère sombre et crue m'a remémoré les choix voulus par Verhoeven pour son Moyen âge de "La chair et le sang" (voilà pour les références cinéphiles).
Cette tragédie est abordée comme une saga barbare, dans une atmosphère sinistre, des paysages désolés, lourds de présages funestes, des intérieurs rustiques et dépouillés, avec une profusion de séquences lugubres où se mêlent visions fantastiques et sanglantes.
A ce titre, la séquence où Macbeth se rend seul à la rencontre des sorcières offre toute une imagerie très suggestive et extrêmement inventive dont nombre de réalisateurs de films fantastiques seraient bien avisés de s'inspirer (en commençant par se débarrasser de toute l'indigente quincaillerie des effets spéciaux informatiques dont nos pauvres films de genre sont désormais farcis... mais je m'égare).
C'est vraiment cet aspect du film qui a emporté mon adhésion et mon enthousiasme.
Du moment où Macbeth commet son premier meurtre, tout le reste du film prend la tournure d'une purge violente et continue du sentiment de culpabilité, illustrée par les cauchemars et visions très suggestifs (on l'a vu dans d'autre de ses films, Polanski est très bon pour restituer la texture suffocante et décalée des rêves).
Cette ambiance pesante où le sentiment de culpabilité mortifère emporte le personnage aux confins de la folie rappellera des souvenirs aux lecteurs de Dostoïevski (pour "Crime et châtiment") et Zola (pour "Thérèse Raquin").
Le choix d'avoir conservé la langue littéraire shakespearienne pour l'intégralité des dialogues peut toutefois laisser perplexe. Les monologues sont réduits à une sorte de naturalisme peu vraisemblable pouvant rapidement faire décrocher le spectateur non préparé (malgré mon niveau d'anglais moyen, j'ai trouvé cette langue très belle à l'oreille).
Le blu-ray ne comporte pas de piste en français, et c'est très bien ainsi (existe-t-il un doublage français pour ce film, d'ailleurs ?).
En résumé, un film en costumes où se côtoient la noblesse de l'oeuvre littéraire par ses dialogues en langue shakespearienne, et une restitution rugueuse, âpre et cruelle. Presque un film d'aventures pulp !
A voir pour : les paysages écossais battus par le vent et la pluie ; les inquiétantes séquences avec les oracles/sorcières ; les séquences oniriques et visions ; le combat final entre Macbeth et McDuff qui évacue toute l'imagerie chevaleresque (les joutes entre deux types bardés d'armures devaient plus vraisemblablement ressembler à ce que l'on voit dans ce film).