Le réalisateur australien Justin Kurzel s'attaque à du très, très lourd en adaptant la fameuse tragédie Macbeth, de William Shakespeare, elle-même adaptée de la vie tumultueuse de Mac "Macbeth" Bethad mac Findlaích, roi d'Ecosse de 1040 à 1057. Une adaptation folle et démesurée pour un personnage qui l'est tout autant.
Difficile de pitcher une histoire aussi complexe que celle de Macbeth, aussi vais-je aller à l'essentiel : après une sanglante bataille, Macbeth rencontre, dans la lande écossaise, trois sorcières qui le persuadent d'être sur le chemin d'une destinée incroyable, qui le mènera à devenir roi d'Ecosse. Ces prédictions ainsi que sa femme, lady Macbeth, avide de pouvoir, le poussent à tuer le roi Duncan Ier pour lui ravir son trône. Mais peu à peu, Macbeth, partagé entre le remords et un désir insatiable de puissance, va sombrer dans une folie noire...
Porté par une photographie à couper le souffle et un tandem d'acteurs incroyable (Fassbender et Cotillard ne jouent pas, ils vivent leurs personnages), ce Macbeth d'un genre nouveau est une franche réussite. Non seulement, il parvient à restituer toute la violence, tant physique que psychologique, inhérente à cette époque mais il réussit également à instaurer une ambiance contemplative, presque méditative, notamment grâce au travail de lumière (le chef-opérateur Adam Arkapaw mérite tous les louanges). Nous voici plongés en quelques plans dans une lande poisseuse, éclairée par un Soleil rouge sang, qui retranscrit parfaitement les démons qui dévorent Macbeth au fur et à mesure que son esprit s'étiole.
Le réalisateur se sert également du ralenti, qu'il insère de manière déconstruite au fur et à mesure de l'action, tantôt pour la dynamiser (notamment pendant les scènes de combat), tantôt pour la figer, laissant le personnage principal (et le spectateur) à ses propres interrogations. Toutefois, l'usage trop répété de ce motif (notamment pendant la première moitié du film) frise l'overdose, et c'est un peu dommage.
La musique est aussi pour quelques chose dans la réussite de ce film : souvent épique, d'une beauté émouvante, elle illustre sans jamais trop appuyer les états d'âme des personnages, tout en dynamisant l'action, créant ainsi une atmosphère presque surréaliste.
Au final, Macbeth est un grand film car il parvient en très peu de temps à construire un univers riche, cohérent et immersif, mais aussi à dresser une étude fouillée et savamment construite de Macbeth et son épouse, deux personnages fascinants mais devenus au fil des siècles de purs archétypes, que Justin Kurzel dépoussière avec soin et beaucoup de panache. Et quand on sait qu'il sera à la tête de l'adaptation cinématographique d'Assassin's Creed (où il retrouvera d'ailleurs Marion Cotillard et Michael Fassbender), cela fait plaisir à entendre.