Mad God
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Mad God

Long-métrage d'animation de Phil Tippett (2021)

Je ne sais pas trop à quel moment j’ai commencé à lâcher prise devant Mad God. Au début, j’ai fait exactement ce qu’on fait toujours face à ce genre d’objet un peu opaque. J’ai cherché du sens. J’ai essayé de relier les images entre elles, de comprendre ce que racontait cette descente aux enfers, de mettre de l’ordre dans ce chaos. Et plus j’avançais, plus ça m’échappait...


À force de théories, j’avais presque l’impression de m’éloigner du film au lieu de m’en rapprocher et c’est assez étrange comme sensation, parce qu’on sent bien qu’il y a quelque chose derrière. Ce n’est pas du vide, non, ce n’est pas gratuit. Il y a des allégories assez évidentes qui remontent à la surface, que ce soit sur les guerres, sur la religion, ou sur cette idée assez désespérante que l’homme, ou en tout cas ces créatures intelligentes qui nous ressemblent, répètent inlassablement les mêmes erreurs. Mais dès qu’on essaye de figer tout ça dans un sens clair, ça se délite immédiatement.

Et en fait, c’est peut-être là que le film fonctionne le mieux.


Parce que chercher du sens à un cauchemar, c’est déjà une erreur.


Mad God est construit exactement comme une succession de visions. Des images qui s’imposent, qui s’enchaînent sans logique apparente, avec cette impression constante d’être coincé dans quelque chose qui nous dépasse.

Le début m’a pourtant donné une accroche assez solide. Cette descente progressive, presque lisible, avec cet assassin qui s’enfonce toujours plus profondément dans un monde industriel, organique, complètement malade. Il y a une vraie sensation de progression, presque une promesse de récit. Et puis, petit à petit, le film dézoome. Il abandonne toute idée de continuité pour partir sur quelque chose de beaucoup plus vaste, beaucoup plus abstrait, presque cosmique.


Et c’est là que ça peut devenir compliqué. Parce que le visionnage n’est pas toujours agréable. Il y a des moments où j’ai trouvé ça franchement difficile.


La non-linéarité fatigue, l’absence totale de dialogue empêche de s’accrocher, et la stop-motion, aussi impressionnante soit-elle, renforce ce côté étrange, parfois presque repoussant. Il y a une vraie barrière à l’entrée.

Mais en même temps, c’est difficile de lui reprocher quoi que ce soit là-dessus. Parce que tout ça est parfaitement aligné avec ce que le film cherche à provoquer. Le chaos visuel répond au chaos du fond. L’absence de structure renvoie à un monde où rien n’a vraiment de sens. Les personnages eux-mêmes ne sont que des formes, des corps, des fonctions. Il n’y a pas d’individu auquel s’attacher, et ce n’est clairement pas un oubli.


Graphiquement, par contre, c’est difficile de ne pas être impressionné. Il y a un travail assez fou dans chaque plan. Une densité, une richesse, une manière de saturer l’image qui fait que même quand on est un peu perdu, on reste happé. Si on aime les expériences horrifiques, il y a vraiment quelque chose de très fort ici. Quelque chose de profondément dérangeant. Sale, organique, étouffant. Presque physique par moments.

Certaines séquences m’ont vraiment marqué, notamment tout ce qui touche à cette industrialisation de la vie, ces créatures produites, exploitées, détruites en boucle. C’est là que les thématiques ressortent le plus clairement. Cette idée de déshumanisation, de cycle, de répétition infinie. On sent aussi tout un imaginaire nourri par des références visuelles très fortes, avec des images qui évoquent autant des tableaux cauchemardesques que des souvenirs historiques très sombres.


Et malgré tout ça, il y a des moments presque contradictoires, des micro-gestes qui laissent passer quelque chose de plus humain. Une tentative d’entraide, une forme de douceur isolée dans un monde qui ne laisse aucune place à ça. C’est infime, presque insignifiant, mais ça existe.

Et ça rend l’ensemble encore plus étrange. J'ose même dire que ça pourrait ternir l'ensemble...


Avec du recul, à l’écriture, je trouve ça assez admirable. Parce que même si je ne peux pas dire que j’ai “compris” le film, j’ai l’impression d’avoir vécu quelque chose de cohérent dans son incohérence. Tout est pensé pour désorienter, pour frustrer parfois, pour perdre le spectateur. Pourtant, il reste une sensation globale, un thème qui traverse tout ça, même s’il ne se laisse jamais enfermer.

Je ne pense pas que je le reverrai. J’ai un peu le sentiment qu’il n’y a pas forcément beaucoup plus à en tirer en y retournant. Mais ça ne retire rien à l’expérience. C’est un film que je recommanderais sans hésiter à ceux qui aiment l’horreur et qui ont envie de sortir des sentiers battus. Pas pour y trouver des réponses, mais pour accepter de s’y perdre.

KumaCreep
7
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le 4 mai 2026

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