J'ai plutôt apprécié mon visionnage de Madagascar, mais avec le recul, je dois avouer que je trouve l'ensemble assez inégal. Il y a un côté indéniablement attachant dans cette œuvre, un univers ultra coloré et une grosse dose de nostalgie qui joue forcément en sa faveur. L'humour possède une vraie identité, mais je trouve aussi que le film se repose un peu trop sur sa galerie de personnages et ses gags immédiats. L'histoire en elle-même reste très basique et s'efface vite de la mémoire. C'est typiquement le genre de film où je suis capable de retenir trois scènes cultes pendant des années, tout en ayant complètement oublié le reste de l'intrigue.
Le gros point fort de cette aventure reste évidemment ce quatuor animalier. Alex est sympathique, mais c'est surtout Marty qui insuffle tout le dynamisme du début en voulant briser sa routine new-yorkaise pour découvrir le monde. À côté, on a un Melman excellent dans son hypocondrie constante, et une Gloria qui sert de point d'équilibre indispensable face à ces trois zinzins. Mais soyons honnêtes une seconde : la vraie star, c'est King Julien. Ce personnage est complètement débile, et c'est précisément pour ça qu'il fonctionne à merveille. Avec son énergie absolument incontrôlable, il braque littéralement le film et vole la vedette au reste du casting. Rajoutez à ça le mythique I like to move it, move it, et c'est scientifiquement prouvé : vous avez la chanson coincée dans la tête pour les trois prochains jours.
Malgré cette énergie communicative, c'est justement quand on s'attarde sur la structure que le film montre ses vraies limites, et c'est ce qui m'a le moins convaincu. L'histoire s'avère extrêmement prévisible et j'ai souvent eu cette impression tenace de regarder une succession d'excellentes saynètes comiques plutôt qu'une grande aventure bien construite de bout en bout. Ce sentiment de "collection de sketchs" se fait cruellement ressentir dans la deuxième partie du film, qui manque de souffle et devient beaucoup moins mémorable une fois passé l'effet de surprise de la découverte de l'île. L'humour, très axé sur l'immédiateté, souffre aussi un peu du passage du temps : certains gags font beaucoup moins mouche aujourd'hui par manque de véritable finesse d'écriture. Si l'on ajoute à cela des personnages secondaires qui auraient mérité d'être davantage exploités pour donner du relief à l'univers, et une 3D qui accuse forcément un peu le poids des années, on se rend vite compte que le film manque de solidité sur la longueur.
Heureusement, il y a quand même une petite morale derrière tout ce joyeux bordel pour rattraper le coup. La désillusion de Marty face aux responsabilités et aux difficultés qu'implique la liberté sauvage, ou encore la lutte d'Alex contre ses propres instincts de prédateur pour ne pas blesser ses amis, apportent juste ce qu'il faut de substance. Ce n'est pas d'une profondeur philosophique vertigineuse, mais ça fonctionne suffisamment bien pour que l'ensemble ne sonne pas totalement creux.
Au moment de poser ce 6/10, je retiens surtout un film d'animation sympathique, porté par des mascottes qui ont fini par devenir bien plus populaires que l'œuvre elle-même. Ce n'est clairement pas le récit le plus abouti de chez DreamWorks, l'histoire est simpliste et l'ensemble a un peu vieilli. Mais il conserve une vraie personnalité comique et l'arme de destruction massive qu'est King Julien. Un film imparfait, certes, mais suffisamment culte pour qu'il suffise d'entonner un simple I like to move it pour faire remonter instantanément quinze ans de souvenirs.