Comme Tony Soprano dans la série télé, le personnage incarné par De Niro est un mafieux dépressif qui a recours à la psychanalyse. Le sujet semble saugrenu car on imagine mal ces machos avoir des accès d'angoisse, des crises de larmes et des cauchemars, c'est la honte pour eux. Détournant les rôles de mafieux qu'il connait bien, De Niro parvient sans mal à être irrésistible, il se lâche même souvent et part en roue libre sans trop de dégâts en frôlant avec délice la parodie ; ce n'est pas la première fois qu'il aborde le registre de la comédie, il avait ajouté cette corde à son arc dès 1988 avec le poilant Midnight Run dans lequel il composait un duo drolatique avec Charles Grodin.
Face à lui, Billy Crystal tient la distance et joue parfaitement le type dépassé par la situation, bien que souvent il serve de faire-valoir à son prestigieux partenaire, mais le duo fonctionne à merveille grâce à tous les rouages comiques du scénario. Surtout connu comme acteur dans SOS Fantômes, mais aussi comme réalisateur (Un jour sans fin, Mes doubles, ma femme et moi), Harold Ramis signe donc une mécanique comique efficace et sans accrocs, en exploitant le thème inusable du tandem explosif et du duo complémentaire. S'autorisant certaines folies, dépassant les limites d'une narration plutôt classique, Ramis revisite avec une saine hilarité le monde des gangsters, où tous les personnages, même les plus caricaturaux comme la silhouette du vieux mafieux incarné par l'excellent Joe Viterelli, sont tous très humains, de même que les thèmes sérieux qui sont abordés comme la dépression nerveuse ou l'exercice du pouvoir sont traités avec dérision. Les dialogues sont très pertinents en mêlant le pathétique au burlesque. Le réalisateur parvient à détourner les codes d'un genre qui a pourtant été ultra exploité à l'écran, et encore une fois, voir un De Niro dont l'image indissociable des films de Scorsese a forgé un personnage dur, devenir soudain vulnérable, sangloter comme un enfant en regardant une bluette à la télé, est carrément irrésistible. Une comédie jubilatoire.

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le 14 févr. 2018

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Ugly

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