Dissipons tout de suite le malentendu : le film est d'honnête facture, très "Disney family", et vaut sans nul doute plus de 4/10 (si l'on tient à le noter ainsi) pour peu que l'on accueille le spectacle d'un œil naïf et objectif... ce qui n'a pas été mon cas. Maléfique est, à ce jour, ma plus grosse déception s'agissant des sorties 2014. Et le désappointement est à la hauteur des espoirs que je fondait en elle : colossal.
A grand renfort de teasers alléchants, Disney nous vendait du rêve : un film complet consacré à la plus ténébreuse des sorcières de son panthéon. Et encore, un film sombre, destiné à un public plus mature, avec une morale plus ambiguë, plus obscure... Las! Maléfique s'avère être, le charme (trop vite) dissipé, un banal conte de fée. Un prologue démesurément long et, pour une bonne partie de celui-ci, bien trop candide, ayant de surcroît succombé aux sirènes d'Avatar pour sa photographie. S'ensuit un (très) bref copié-collé du chef d'oeuvre de 1959 qui, par la suite, va subir un lifting des plus ravageurs... et déconcertant. Des personnages malmenés, changés en pantins ridicules (à l'image de cette "fée" poursuivie par des "mites"), stéréotypes sans charme aucun (Bieber princier) ou méchants d'infortune (King WTF?). Une trame revisitée sans une once de cohérence. Des effets spéciaux trop inégaux... Le conte, affreusement défiguré, y a perdu son âme, ses enchantements surannés et son élégance désuète. Pour "couronner" le tout, James Newton Howard signe le pire score de toute sa carrière, avec une B-A insupportable, saturée de cuivres. Un ensemble niaiseux gangrené de scènes insipides, heureusement parcouru par un fil rouge éclatant : celui de Maléfique.
Angelina Jolie campe, impériale, une Maléfique tout en clair-obscur, donnant vie à ce portrait revisité de la cruelle sorcière que ce film a pour mission de réhabiliter. Personnage central concentrant tous les efforts et trésors d'écriture que peut contenir le scénario, Maléfique remplit toutes ses promesses, tour à tour impitoyable, blessée, divergente... La magnifique trouvaille tient à toute la seconde moitié du récit et à l'ambivalence de sa relation avec la victime de la malédiction qu'elle a prononcé (Aurore) ainsi qu'au développement du rôle du corbeau, fidèle espion de la fée maléfique, nommé ici Diaval (Sam Riley). L'aura de Maléfique, absolument magnétique, donne toutes ses couleurs au long-métrage qui, toujours dans sa seconde moitié, semble par moments touché par la grâce, avec un rendu visuel quelquefois époustouflant. Mais il ne suffit pas de réussir la moitié de son pari pour se déclarer victorieux.
Maléfique est une réussite tout autant qu'un échec. En voulant déshabiller Paul (ou Perrault) pour vêtir Pierre (Maléfique), Disney se fourvoie dans une version du conte niaiseuse et sans autre attrait que sa figure de proue, magnifiée en diable, dont le portrait, admirablement dessiné, n'aurait que sublimé une version légèrement dépoussiéré mais fidèle au conte du standard de 1959. Or, en souhaitant tout réformer à la fois, l'entreprise se solde par un semi-naufrage hélas trop dommageable à l'ensemble pour que Maléfique ne soutienne le poids du film sur ses seules épaules. Quid de la superbe et cruelle sorcière de notre enfance? Ne demeure, finalement, qu'un divertissement familial d'assez bonne facture qui rompt (trop) douloureusement avec la tradition.
Nostalgie, bonsoir.