James Wan est de retour et en grande pompe avec une réécriture moderne du Dr Jekyll & Mister Hyde de Stevenson à la sauce J-Horror, au filtre vert et rouge froids à la Insidious irrigué de Suspiria, réponse féminine au masculin Dr Jekyll & Sister Hyde des années 70 - ce qui fait que l'on pardonnera l'influence MeToo du film.
On regrettera que Gabriel ne soit pas Gabrielle ou que son réveil soit provoqué par une scène de violence conjugale digne d'un mauvais spot de propagande du ministère de Marlène Schiappa.
On s'étonnera de ce monstre qui ne fait pas fuir le policier mais qui fuit devant le policier dans un passage surréaliste qui fait de Malignant une sorte de Vidocq de Pitof à la James Wan.
On admirera ... ou pas ... le mélange des genres déjà pratiqué dans le Conjuringverse ou dans le 4e opus de la saga Insidious. Le mélange gagne ici en transcendance, quittant le seul heurt avec le réalisme policier du thriller pour toucher au médical et renouer avec les terreurs intimes et le mythe de l'apprenti sorcier.
On requestionne des thèmes aussi fondamentaux ou tabous que ceux de la gémellité, des liens filiaux, de l'abandon parental, du cancer, de la folie (et hélas le sempiternel fantasme paranoïaque d'un Patriarcat que l'on tient à faire ressurgir au XXIe siècle ...), donnant une richesse herméneutique à l'ensemble. Cela pèche en conséquence pour ce qui est de l'épouvante une fois la résolution donnée.
On applaudira du moins le nouveau monstre ajouté au bestiaire de James Wan: après l'irremplaçable vieille femme d'Insidious, le monstre rouge à la Dark Maul, le monstre au casque respiratoire à la Vador, la poupée de ventriloque, voici le monstre à deux têtes, celle humaine qui dort, celle monstrueuse qui montre les dents.
Un être hybride qui confirme l'androgynie monstrueuse chez Wan et peut amener à penser aussi, qu'outre un discours metooïste, Wan condamne l'opposition moderne des sexes, des races dans une politisation délétère née des réseaux sociaux qui endorment les vraies personnes et font surgir des Hydes hideux. Emily-Gabriel serait donc cet être double que la 3e Révolution Industrielle fait de nous, une réactivation moins du chef-d'oeuvre de Stevenson que du célèbre dessin de Goya: Le Sommeil de la Raison engendre les monstres.
Alors, faisons taire les Gabriel en nous et réveillons les Emily des temps passés, plus ouverts et plus sages, pour nous libérer de la politisation, du tout-surinterprété, du prêt-à-penser. Redevenons des esprits libres en nous affranchissant de la prison mentale où nous enferment nos pseudo-représentants de chaque lobby, qui nous réduisent à des minorités belliqueuses. C'est ce message plutôt que je tiens à conserver de cet étrange Silène qu'est Maligant.
Quoi qu'il en soit, un très bon cru de James Wan qui ne pâtit finalement que de l'esprit des années 2010-2020.