Malika s'est envolée
-
Malika s'est envolée

Moyen-métrage de Jean-Paul Civeyrac (2008)

Deux êtres perdus qui se rencontrent. Deux oiseaux dans leur cage, légèrement entrouverte. Un chemin à choisir, une route, mais laquelle ? Car un des oiseaux à la patte cassée : peut-il seulement être libre ?

Le film évoque la précarité de l’être humain, dans sa diversité. On peut être libre, en apparence, et ne savoir où aller. On peut se déplacer, au forceps, mais ne pas être accepté. Comment ne pas sombrer ? Faut-il rêver d’un ailleurs illusoire, ou chercher son bonheur sur place, et en soi ? Il faut de toute façon trouver quelque chose pour s’accrocher.

Il est ici question de solitude, de la nécessité d’ouvrir des fenêtres, plutôt que s’enfermer, mais rien ne change. Il est surtout question du sort des sans-papiers, de leurs galères pour se loger ou trouver de l’argent, de la peur du flic, de la nécessité de se battre en permanence. Les sans papiers ne sont nulle part chez eux, ils n’ont plus de pays, ils sont toujours ailleurs. D’où l’importance du regard, de l’altérité emplie d’humanité qui vous fait exister.

Ici la précarité a deux visages, opposant deux personnalités régies pas deux dynamiques différentes : le poids de la passivité et la nécessité du combat. Laurent Lacotte incarne admirablement cet aboulique qui cherche à apprivoiser une écorchée perdue dont la violence n’est que l’expression de la détresse et de la peur. Il faut dire que le film date de 2008, on est pleine France sarkozyste, et le film fait d’ailleurs référence au triste discours du président à Dakar en 2007…

Bref, un court-métrage sympathique et bien foutu, qui dénonce, parmi d’autres, une situation moralement inacceptable. Et rien n’a changé depuis : il y a toujours ceux qui peuvent partir, et ceux qui n’ont pas le droit de venir…
socrate
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Courts pas courus (mais parcourus!), Tous courts !, Un demi, svp ! et Merci ARTE + 7

Créée

le 11 juil. 2013

Critique lue 460 fois

socrate

Écrit par

Critique lue 460 fois

11
2

Du même critique

Ma liberté de penser

Ma liberté de penser

1

socrate

le 12 avr. 2012

Suivre

Ma liberté de tancer

Cette chanson est honteuse, un vrai scandale : il est absolument inadmissible et indécent de tenir de tels propos quand on gagne plusieurs millions d'euros par an, alors que des tas de gens galèrent...

La Ligne rouge

La Ligne rouge

4

socrate

le 21 sept. 2013

Suivre

T’es rance, Malick ?

La ligne rouge, je trouve justement que Malick la franchit un peu trop souvent dans ce film, malgré d’incontestables qualités, que j’évoquerai tout d’abord. La mise en scène est formidable, la photo...

Ernest et Célestine

Ernest et Célestine

9

socrate

le 10 janv. 2013

Suivre

A dévorer à pleines dents !

Pour tout dire, je ne savais rien de ce film avant d’aller le voir, je craignais une histoire un peu gnangnan pour bambin à peine sorti du babillage. Bref, j’y allais surtout pour accompagner la...