Malveillance est un habile détournement de genre. Prenez un classique film de stalker, inversez le point de vue et vous voilà dans la peau de César, un gardien d'immeuble efficace et disponible. Toujours prêt à aider, César a pour seul défaut la manie obsessionnelle de fourrer son nez dans les affaires des autres, et ponctuellement fourrer ses jolies locataires.


Ce simple changement de point de vue s'avère être un coup de génie, servi par une très bonne exécution. Derrière la caméra : Jaume Balagueró, auteur de quelques chefs-d'œuvre et quelques nanars, si bien qu'on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber.


César est interprété par Luis Tosar qui offre une performance incroyable dans un rôle fondamentalement haïssable auquel il parvient à donner un visage humain et presque attachant, suscitant de l'empathie pour un personnage qui n'en mérite certainement aucune.

On se retrouve ainsi à l'encourager dans ses méfaits, grâce au cynisme réjouissant du personnage et une petite dose d'humour noir pour s'assurer que le film ne tombe jamais dans le glauque.


Grâce à des scènes d'exposition intrigantes et avares en détails, le script entretient un certain mystère pendant son introduction, avant de dévoiler peu à peu ses cartes et révéler les motivations de son protagoniste. Ce faisant, il introduit une petite galerie de locataires dont on suivra avec plaisir les mésaventures alors que César se plait à leur pourrir l'existence.


Bien rythmé, bien écrit et mise en scène avec élégance, Malveillance s'offre des scènes très tendues, des moments de comédie et même une scène de cache-cache Vaudevillesque dans l'appartement d'une voisine, où on se surprend à retenir son souffle en espérant que cette pourriture de César ne se fera pas prendre.


[SPOILER]

Et la vraie bonne surprise, c'est que le film assume son amoralité jusqu'au bout, alors qu'une version américaine aurait sûrement eu une fin très différente. Ici, au contraire, on assiste au triomphe de César qui va réellement au bout de son délire et a droit à un beau happy end, au grand dam de sa victime.

Ezhaac
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Gerardmer vu autant de films en 4 jours (2023)

Créée

le 10 févr. 2023

Critique lue 343 fois

Ezhaac

Écrit par

Critique lue 343 fois

1

D'autres avis sur Malveillance

Malveillance

Malveillance

8

Dalecooper

93 critiques

Un bon thriller, amoral à souhait et transcendé par un putain d'acteur.

Tremblez Michael Myers, tremblez Jason Voorhees, le nouveau Boogeyman nous arrive d'Espagne et il ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. Nouveau film de Balaguero après les Rec tournés...

le 25 févr. 2012

Malveillance

Malveillance

1

Bavaria

390 critiques

Critique de Malveillance par Mickaël Barbato

Cesar est un guardien d'immeuble serviable et attentionné. Très attentionné, au point qu'il connaît tout de la vie d'une des habitantes : Clara. Mais plus que la connaître, il l'épie, la harcèle avec...

le 29 déc. 2011

Malveillance

Malveillance

6

Gand-Alf

2256 critiques

Mes chers voisins.

Pendant que son acolyte Paco Plaza s'en va mettre en boîte le trosième volet de la saga "[Rec]", Jaume Balaguero en profite pour revenir lui aussi à la réal en solo avec ce "Malveillance". Mis en...

le 2 janv. 2013

Du même critique

Martyrs

Martyrs

9

Ezhaac

864 critiques

Expérience traumatique

Peu de films ont su me retourner comme l'a fait Martyrs. Je vais éluder le débat stérile sur la légitimité du thème de la torture au cinéma et partir du postulat que la vocation première du film...

le 22 juin 2010

Chernobyl

Chernobyl

5

Ezhaac

864 critiques

Le Prix du Mensonge

Noter Chernobyl est le grand écart le plus déchirant que j'ai fait sur ce site. En tant qu’oeuvre cinématographique, je lui donnerais un solide 9, mais pour son discours et ses implications...

le 28 mai 2021

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

4

Ezhaac

864 critiques

I feeeeeeeeel you, Johaaaaaanaaaaaaaaaa !!

Avec une photo gothique à souhait et un Johnny Depp qui fait peur, le film partait plutôt bien, d'autant qu'une fable romantique sur le cannibalisme n'était pas pour me déplaire, sur le papier. Mais...

le 30 sept. 2010