Mehboob Khan après "Andaz", réalisé en 1949, se lance dans le technicolor en 1952 avec "Mangala, Fille des Indes". Alors là, attention, c'est l'explosion, la féérie des couleurs d'abord à la campagne où les saris et voiles des paysannes rivalisent avec la couleur de la végétation et des fleurs puis à la ville dans le château du maharadjah sans oublier les inévitables danses multicolores et flamboyantes. Mehboob Khan met en place une fête des couleurs où on s'en donne à cœur joie et où tout le monde finit, barbouillé de peinture ou de poudre. Je ne suis pas sûr mais cela me donne l'impression d'une sorte de fête du printemps ou comme chez nous, une sorte de carnaval, qui vient à point nommé, fêter la fin de l'hiver. Pas de doute par contre dans ce film, la couleur, c'est l'évènement central, le point focal du film, qui ne peut échapper à aucun spectateur…

Heureusement, il n'y a quand même pas que ça … Dans "Andaz", le cinéaste mettait en évidence l'effet pernicieux de la culture occidentale qui, faisant négliger les coutumes, pouvait conduire à un drame.

Ici, le cinéaste va plus loin en mettant en scène un maharadjah qui a compris que les temps de pouvoir absolu étaient révolus et tente de s'opposer à son frère Shamsher et à sa sœur Raj qui, eux, n'ont aucun scrupule pour profiter et surtout mépriser le peuple. Et le roi n'hésite pas à mettre en avant un paysan, Jai Tilak, pour s'opposer à Shamsher : la dignité dans les valeurs fondamentales du travail de la terre face à cette caste d'inutiles et prétentieux qui vivent aux dépens du travailleur… Il y a d'ailleurs un petit passage très court, fort intéressant où le roi fait signer à son frère Shamsher un parchemin que la magie du DVD, en faisant une "pause" permet de lire (c'est écrit en anglais…) quelques mots comme "equal rights", "discrimination", "against caste" … finalement en phase avec les volontés de Gandhi qui ne seront jamais suivies d'effet… Mais on peut toujours rêver et c'est bien un des objectifs du cinéma.

Le fil rouge de toute cette histoire sera l'amour que veut porter Jai Tilak à cette princesse Raj, sœur du roi, véritable pimbêche, qui le méprise (souverainement) en retour. Il faudra à Jai beaucoup de persuasion voire même de coercition pour parvenir à la convaincre (à la dure) de faire le travail d'une paysanne qu'elle finira même par trouver charmant en tombant amoureuse de lui, en prime. Alors là, moi, confiant, je dis bravo car ça tient, quand même, du tour de force. Mais tout ceci a le grand avantage de transformer le visage pincé et très antipathique de Raj en un visage souriant et finalement beau.

Il est d'ailleurs temps de parler casting en parlant de Nadira, l'actrice qui joue le rôle de Raj, la princesse pleine de dédain et de haine mais qui va finir par devenir amoureuse.

Mangala, qui donne son nom au titre du film, est l'indispensable femme, amoureuse de toujours de Jai Tilak et qui se sacrifiera pour lui. Elle est interprétée par l'actrice Nimmi …

Surtout, on retrouve Dilip Kumar qui était le héros malheureux du film "Andaz" dans le personnage flegmatique et volontaire de Jai Tilak.

Si je prends un peu de hauteur, au-delà de l'avènement de la couleur et de la fresque quasi hollywoodienne avec ses décors en carton pâte qui changent radicalement la perception du spectateur, je veux bien croire que le grand succès qu'a connu ce film de 2 h 40 est peut-être dû aussi au message d'espoir d'une évolution ou d'un assouplissement de la société indienne corsetée dans ses castes.


JeanG55
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le 16 janv. 2026

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