Il existe une formule tellement éculée dans le cinéma populaire français qu'on pourrait la vendre en kit IKEA : un naïf au grand cœur, un mentor magouilleur, un entraînement, une ascension, une rédemption familiale en guise de dessert. Changez juste le sport ,foot, boxe, danse, pétanque si l'audace vous prend et le moule reste identique. Marave choisit le MMA cette fois-ci, mais on sent bien que le scénario, lui, aurait survécu tout aussi confortablement à une reconversion en judo ou en curling. Ce n'est pas un récit, c'est un abonnement.


Alors bien sûr, on pourrait se demander pourquoi le cinéma français peine autant à raconter une histoire d'ascension sans repasser par les mêmes wagons, pourquoi la prise de risque narrative reste un concept aussi exotique qu'un menu sans gluten dans une pizzeria napolitaine. Mais le dire, c'est un peu enfoncer une porte ouverte tout le monde le sait, tout le monde le répète, et le système continue de tourner comme si de rien n'était.


Passons aux personnages, ou plutôt à leurs silhouettes en carton-pâte. Manolo est le protagoniste naïf jusqu'à l'os, gentiment con, colosse au cerveau en pause prolongée. Georges, incarné par Ramzy, campe le grand frère paumé qui joue les baby-sitters d'un cadet un peu con, avec cette lassitude propre à ceux qui doivent porter tout un film sur leurs épaules pendant que l'intrigue fait du surplace. Quant à Ania, elle coche consciencieusement la case de la Daghestanaise dure à cuire, insultes à l'appui, histoire qu'on comprenne bien, au cas où l'accent et le regard noir n'auraient pas suffi, qu'on a affaire à une coriace.


Un mot, tout de même, sur ce curieux double standard qui traverse le cinéma français : voir des acteurs arabes interpréter des Manouches passe comme une lettre à la poste, sans qu'un sourcil ne se lève dans la presse spécialisée ,quand un acteur blanc incarne un personnage arabe ou noir, en revanche, c'est immédiatement le procès en whitewashing, tribunes outrées et éditoriaux enflammés à l'appui. Deux poids, deux mesures qui en disent long sur la hiérarchie très sélective de nos indignations cinématographiques.


Cerise sur le gâteau numérique : le film convoque un Las Vegas généré par intelligence artificielle. On imagine la scène en coulisses ,un stagiaire tapant "Las Vegas, néons, glamour" dans un prompt, et le logiciel recrachant une ville qui ressemble à Vegas comme un fast-food ressemble à un restaurant gastronomique. L'IA, décidément, aura réussi l'exploit de rendre artificiel jusqu'au décor censé représenter la ville la plus artificielle du monde. Il fallait le faire.








spleen97
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le 9 juil. 2026

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