Marching in the dark
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Marching in the dark

Documentaire de Kinshuk Surjan (2024)

Marching in the Dark, le chagrin en sari

Saviez-vous qu’en Inde, de nombreux agriculteurs se suicident car ils sont endettés jusqu’au cou ? Par ce geste terrible, ils laissent derrière eux des veuves accablées. Avec Marching in the Dark, Kinshuk Surjan met sur le devant de la scène ces veuves d’agriculteurs. Pendant près de deux heures, on suit de près ces femmes qui n’ont plus que leur sari pour pleurer.

Kinshuk Surjan part de ce constat effrayant : le taux de suicide anormalement élevé des agriculteurs indiens. Leurs conditions de travail sont difficiles, les prix de production fluctuent énormément et les agriculteurs sont parfois contraints d’emprunter de l’argent, ce qui les condamne souvent. Toutefois, le film veut dépasser ces faits, et parler de ceux, ou plutôt de celles, qui restent après, les veuves.

Ainsi, Kinshuk Surjan parcourt la campagne indienne à la rencontre des veuves des agriculteurs décédés. En plus du deuil, celles-ci doivent désormais porter seules tout ce qu’elles portaient autrefois à deux, et avancer à tâtons, dans le noir. Le film est ponctué par les réunions entre ces nombreuses veuves. Ces réunions, essentielles, leur permettent de rester humaines, car elles ne le sont plus vraiment aux yeux des autres, et parfois même aux yeux de leur propre famille. Leur situation, en tant que veuve est telle qu’elles en viennent à regretter leurs maris violents en riant. Tout ce qu’elles parviennent à se dire, c’est : “Ne pleure pas et sois forte !”. Et elles tiennent bon, envers et contre tout.

Pourquoi les hommes se suicident-ils et non les femmes ? Pourquoi les femmes ne s’endettent-elles pas ? Marching in the Dark pose des questions plus larges sur le deuil et plus particulièrement sur le veuvage. Être veuve en Inde, c’est être mise au ban de la société pour un crime que l’on n’a pas commis, être punie alors qu’on a rien demandé. Peut-on encore porter son bindi quand on est veuve ? Peut-on se remarier ? Peut-on simplement prétendre au bonheur ?

Le documentaire offre quelques belles images et surtout de belles couleurs. Malgré le chagrin, les saris sont colorés et permettent de sécher les larmes. Le film a surtout le mérite d’ouvrir notre regard sur le monde, de partager un peu la tristesse venue de l’autre bout du globe, bien qu’on puisse le transposer, dans une certaine mesure, à la situation des agriculteurs de nos régions.

Toutefois, s’il est dramatique, Marching in the Dark ne touche jamais vraiment l’intensité et on peut être tenté de piquer du nez. De plus, il n’ouvre aucune porte, aucune perspective de lendemains meilleurs, et laisse donc le spectateur, à terme, sur sa faim.


Critique pour le Suricate Magazine : https://www.lesuricate.org/marching-in-the-dark-le-chagrin-en-sari/.

Hedwig
6
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Créée

le 1 févr. 2026

Critique lue 6 fois

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