Du mensonge à l’imposture : jusqu’au fond de l’abime

Je me souviens de mon indignation en 2005 quand le scandale avait éclaté. Durant des années, un homme s’était fait passer pour un déporté de la Seconde Guerre mondiale. Il était devenu le président d’une association de déportés jusqu’à ce que son imposture éclate au grand jour. Un membre de ma famille avait réellement été déporté dans le camp en question. Je suis heureux qu’il soit parti avant que le scandale n’éclate. Pourquoi donc faire un film là-dessus ? Jon Garaño se sert de l’argument historique pour une plongée au cœur du mensonge. Un mensonge qui dépasse et finit par engloutir celui qui a construit sa vie sur lui. C’est tout l’intérêt du film : se servir d’un fait divers réel pour nous plonger dans une réflexion dérangeante sur ce sujet qui est au cœur de l’âme humaine. Pour réussir, il faut des interprètes au niveau de l’abime psychologique d’une telle imposture. Eduard Fernandez, qui incarne le personnage principal, est splendide dans tous les aspects de l’interprétation. Il n’y a pas de suspense, puisque, très vite on comprend que les affabulations de Marco sont comme un tonneau de dynamite auquel est attaché une longue mèche allumée. Ça finira par exploser, mais on ne sait ni quand ni comment. Dans cet entre-deux, on découvre la psychologie d’un personnage qui est dans une forme de toute-puissance dans l’association qu’il préside. Le réalisateur montre avec justesse ces personnages de dirigeants d’associations, cauteleux, faussement modestes, mais accrochés à leur pouvoir au nom de leur légitimité – ici totalement bidon. Tout semble donc écrit et la chute de l’homme ne surprend pas. C’est ce qui se passe ensuite qui ouvre un abime sous nos pieds. Après la révélation de l’imposture, il ne reste que le suicide ou la fuite, mais non, le personnage s’accroche à son mensonge, devient pathétique à poursuivre à une chimère, mais persévère du delà de l’absurde jusqu’à sa mort à 101 ans. Les seconds rôles sont parfaitement choisis pour donner un contrepoint attaché à la réalité. On pourrait tirer une pièce de théâtre racinienne de ce film en resserrant l’intrigue sur la psychologie de l’imposteur et héros.

SaintPol
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le 2 juin 2025

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