Je serais tenté de dresser une liste non exhaustive de ces héroïnes de cinéma qui marchent seules, les bras croisés, dans le froid palpable d’une banlieue à peine reconnaissable. Je ne le ferai pas, même si j’adore ce "sous-genre" du cinéma social. Quand une héroïne fait ça, je sais que le film se terminera à peu près où il a commencé, ce qui me convient. Dans les faits (ou géographiquement) Marija, s’ouvre et se clôt dans un même quartier. Ce premier plan de Marija marchant sur un trottoir, filmée de dos, permet d'anticiper qu’il n’y aura pas de tours de passe-passe scénaristique, qu’on sera avec le personnage et que l’intrigue se lira moins dans les actions que sur son visage. Un truc qui m’a touché dans le film de Michael Koch, c’est le son des petits détails, de ces choses anodines auxquelles on ne fait pas attention quand on est soi-même acteur de notre vie. Georg et Marija sont en voiture ; on voit à peine le paysage qui parait froid et assez commun (des arbres, du goudron, des voitures contemporaines et un ciel blanc) et un tic-tac soudain sort de je ne sais quel pore de la voiture, que Georg interrompt d’un geste adroit de l’auriculaire à l’arrière du volant. Ce tic-tac là me fait me sentir en voiture avec eux. Y a mieux, peut-être comme, qualité immersive pour un film. C’est sans doute que, la ligne mélodique du film (le jeu des acteurs, la trame scénaristique, la réalisation) étant si ténue, un rien a tendance à m’enchanter. La moindre variation est ressentie, comme du bout des doigts. Les doigts d’un(e) autre.
Marija, en plus d’être une énième variation sur le thème de la précarité vécu par une femme de la trentaine, est aussi et surtout un précieux documentaire sur l’actrice Margarita Breitkreitz.