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le 24 mai 2015
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Pour voir que le film date de 1931, il y a 95 ans, et fait partie des tous premiers films parlants français, il importe d'abord de saluer la qualité du travail de restauration de l'image et du son.
Premier film de cette fameuse "trilogie marseillaise", "Marius" avait d'abord été créé pour le théâtre. Ce n'est que lorsque Pagnol découvrit avec ravissement le cinéma parlant qu'il envisagea d'en faire un film et convainquit Alexander Korda d'en être le metteur en scène.
Marius, c'est bien sûr les répliques et les scènes comiques cultes mais c'est d'abord une très belle histoire d'amour tragique. Fanny aime en silence Marius depuis sa plus tendre enfance mais découvre, à son grand désespoir, que Marius est obsédé par ces bateaux qui partent et reviennent de pays lointains dont le seul nom porte le rêve ou le mystère comme "les îles Sous le Vent" …
Et si le film (comme la pièce) est si connu et ne cesse d'être apprécié par les générations qui se succèdent, c'est à cause de ce mélange de rire, de mélancolie et de pudiques non-dits sur des choses simples de la vie qui ne peuvent que toucher le spectateur. Personnellement, j'ai découvert cette trilogie à la télé en fin d'adolescence ; transporté, j'avais acheté les livres dans la foulée ; ça faisait des dizaines d'années que je n'avais pas revu la trilogie et pourtant, ce soir, je ne faisais qu'attendre les répliques et les scènes inscrites dans le marbre de ma tête.
Et les acteurs, alors ?
Marius, c'est d'abord, Pierre Fresnay, un acteur que j'aime beaucoup. Né à Neuilly, il a tout ce qu'il faut pour ne pas avoir l'accent marseillais. Là, il développe un certain accent …
Orane Demazis, inoubliables Fanny puis, quelques années plus loin, Arsule. Née à Oran mais d'une famille alsacienne, elle a un certain accent mais pas celui de Marseille.
Mais qu'importe, que ce soit Pierre Fresnay ou Orane Demazis, ils sont le pont indispensable entre Marseille et le reste de la France.
Monsieur Brun, le lyonnais qui a vu quarante canebières à Paris, est joué par un inégalable Robert Vattier. Même les lyonnais sont capables de galéjades pires que la sardine qui bouche le port de Marseille !
Charpin qui joue maître Panisse ou Paul Dullac qui joue (l'amiral) Escartefigue vivent ici (comme Orane Demazis, d'ailleurs) leurs premiers rôles au cinéma.
Et Raimu qui pratique le cinéma depuis de nombreuses années. Comment est-ce possible qu'en 1931, il ne croit pas au cinéma parlant, lui dont la voix est si particulière, dont la voix contribue à son étonnante présence sur scène. Dans son rôle de César, le père de Marius, il est tour à tour tendre, roublard, irascible ou emporté.
Même si la mise en scène est quelque peu théâtrale, elle permet de voir des choses qui ont disparu du paysage marseillais comme ce fameux pont transbordeur …
Ce premier opus de la trilogie est un régal et une vraie aventure cinématographique réussie. Vivement les deux autres volets.
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