Jérémie Périn est un habitué des formats insolites, Lastman et Crisis Jung étaient segmentés sur des episodes de quelques minutes seulement. Drôle d'idée, étant donné que la plupart des spectateurs que je connais ont éclaté l'excellente série Lastman comme si c'était un film ! Le format n'apportait au final pas grand chose, si ce n'est des créations de points de tension de fin d'épisodes au final très vite résolus.
Mars Express est aussi un film au format insolite, comment faire passer autant de choses, autant de bonnes idées et de détails sur une heure et demie ? Dans une tendance à rallonger superficiellement des films pour passer les 2h devenues tradition, Mars Express propose un pari risqué, mais réussi, quoi qu'un peu brouillon. 1h30, on dirait une contrainte externe, imposé par un studio ou par un prof qui a pas envie d'écouter des étudiants déblatérer des âneries pendant trop longtemps. 1h30 pour construire un monde de 0, et plus encore, en construire 2 ! Réussir un worldbuilding de Hard SF et une intrigue en 1h30 relève de l'impossibilité, à moins de sacrifier beaucoup de choses.
Jérémie Périn, dans une course effrénée, élague, simplifie, prend quelques raccourcis scénaristiques. Mais on pardonne tant la cohérence de la planète Mars et des fonctionnements de la SF sont clairs et compréhensibles d'un coup d'oeil, pour reformuler, c'est de la hard SF, rien à dire là dessus, mais tous les aspects SF de Mars Express sont intelligibles pour nous, pauvres pêcheurs du 21e siècle, ainsi, on ne perd pas de temps à comprendre comment fonctionnent des objets, les règles sont au final assez simples, pour laisser la place à l'action.
Car de l'action, il y en a, ça pète à l'écran, pas beaucoup de moments pour souffler, le monde est tellement riche et l'intrigue tellement rythmée que les fatales 90 minutes imposées passent à une vitesse assez folle.
Le doublage est un peu inégal, mais le trio Aline-Carlos-Chris marche si bien que l'on pardonne quelques personnages secondaires un peu mous du genou. Léa Drucker insuffle une vie, une énergie communicative à la détective Hard Boiled alcoolique du futur.
Je vais pas trop spoiler au niveau des messages du film, notamment sur la question de l'IA, abordée timidement mais avec quelques points d'entrée percutants, touchants, et extrêmement divertissants. Mais d'autres films de science-fiction l'ont fait avant, certain très bien, d'autres se sont cassés les dents, et enfin quelques films ont transcendé le genre, exploitant le cadre de la SF pourproposer des réflexions philosophiques sur l'humanité, le lien entre machine et Homme, et le lien entre machines (Blade Runner, 2001: L'odyssée de l'espace, pour ne citer qu'eux).
Le propos du film est alors libéré de l'entrave de ses références, et va alors piocher en clin d'oeil à un paquet d'univers (jeu vidéo, cinéma, littérature...), dans le but de créer une intrigue unique au film.
Mars Express devient un objet culturel unique, un film de SF français, créatif, fun, qui déborde de créativité. On ne s'ennuie pas une seule seconde, je respecte le format de 1h30, mais j'avoue que rester une petite demie heure de plus dans le parc d'attraction martien n'aurait pas été de refus.
La licorne dorée cunty mérite son spin-off