Conseil pour l'avenir : il faut surveiller le cinéma d'animation français adulte d'un œil avisé. Parce que ça sort pas souvent, mais quand ça sort, ces dernières années, ça donne J'ai perdu mon corps, Le sommet des dieux, et maintenant, Mars Express.
Il y a quelques mois à peine sortait The Creator, un film de Gareth Edwards sur une guerre entre les humains et les robots. C'était sympa mais très bancal, bien manichéen, et certains criaient au film novateur ou au renouveau de la science-fiction, ce qui en dit long sur l'état de mort cérébral du blockbuster américain. Pendant ce temps là, et depuis 5 ans maintenant, Jérémie Périn et son équipe préparaient un film plus ou moins sur les mêmes thématiques : monde technologique, beaucoup trop technologique (à ce stade on peut dire Cyberpunk je crois), lutte entre humains et robots, héroïne prise dans une affaire qui se révèle concerner beaucoup plus que quelques individus, mais l'espèce robotique tout entière. Et c'est génial.
D'abord, comme tout bon film de science fiction, c'est très créatif visuellement et conceptuellement. On a des robots de toute tailles et formes, des humains avec ou sans prothèses technologiques (ce qui crée une frontière entre les classes sociales), dans une pure dystopie qui pourrait sortir d'un roman de Phillipe K. Dick, où certains humain décédés sont "sauvegardés" et survivent dans un corps synthétiques, où des étudiantes dupliquent leur enveloppe corporelles en robot pour les prostituer à leur place afin de payer leur études, où les gens restés sur terre ne sont "qu'une bande de chômeurs", et où le Elon Musk local essaye de vendre une nouvelle technologie qui va soit disant tout révolutionner. Et le film met toutes ces idées au service d'un polar sombre, où la mort guette à chaque coin de rue, où on ne peut faire confiance à personne, et où tout ne peut que mal finir.
Et non content d'être diablement bien foutu, tout ceci a du sens. Parce que le film parle de misère sociale, d'aliénation par la technologie, d'inégalités, et tout ça l'air de rien, en toile de fond. Un bon exemple serait la première fois qu'Aline, l'héroïne, rentre chez elle sur Mars. Elle est accueilli par le commanditaire de sa mission qui est au bord d'une piscine. Ils discutent, puis se disent "à la prochaine", et ce qu'on croyait être une encadrure de porte s'éteint, parce que en fait, c'était un écran, et y'a pas de piscine dans cette baraque. Cette scène, cet effet qui pourrait être un détail, introduit une idée très importante dans le film : celle que des choses qu'on voit depuis le début pourrait être un simulacre. Et le film brasse tant de choses en 1H20 seulement qu'il mérite d'être vu, et d'être revu.