Dès ses premières minutes, Mars Express installe un parfum de déjà-vu. L’ombre de Blade Runner plane lourdement sur son esthétique, tandis que certaines séquences semblent directement héritées de The Second Renaissance de l’Animatrix. À cela s’ajoute une structure narrative et visuelle qui rappelle les space operas animés des années 80 et 90, ceux qui peuplaient les programmes jeunesse avec leurs archétypes désormais bien identifiés. Le problème n’est pourtant pas tant ce manque d’originalité — le genre cyberpunk s’est toujours nourri de références — que l’absence de dépassement de celles-ci.
Le film s’appuie également sur des concepts devenus presque caricaturaux, à commencer par l’évocation des lois d’Asimov, convoquées comme un marqueur d’intelligence artificielle “sérieuse” sans réelle mise en perspective contemporaine. Or, entre-temps, la réalité a rattrapé la fiction. L’émergence rapide des agents IA, déjà utilisés dans des contextes professionnels ou par des utilisateurs avancés, rend la vision proposée par Mars Express paradoxalement obsolète. Là où le film imagine encore des interactions rigides et centralisées, le réel expérimente déjà des systèmes distribués, adaptatifs et largement déliés des cadres classiques de la robotique fictionnelle.
Ce décalage temporel donne l’impression d’un scénario conçu dans une période précise : celle où la fascination médiatique pour Elon Musk structurait encore largement l’imaginaire technologique grand public. On retrouve dans Mars Express cette projection d’un futur dominé par quelques figures industrielles et par une conquête spatiale idéalisée, vision qui semble aujourd’hui simpliste face aux enjeux actuels de souveraineté numérique et de gouvernance des systèmes autonomes.
Le traitement des médias dans le film accentue ce sentiment d’anachronisme. Leur fonctionnement, très “à l’ancienne”, contraste avec les mutations profondes de l’information et des réseaux que nous observons déjà. Dans un récit censé se dérouler dans un futur avancé, cette représentation affaiblit la cohérence de l’univers.
Autre point de fragilité : la question du hacking. Dans Mars Express, compromettre un robot semble relever d’une simplicité déconcertante. Cette trivialité pose un problème de crédibilité, surtout dans un contexte où la cybersécurité constitue un enjeu central, y compris dans les systèmes embarqués et critiques. L’absence de complexité technique ou de résistance systémique réduit l’impact dramatique et trahit une compréhension superficielle des dynamiques de sécurité contemporaines.
Finalement, Mars Express échoue là où il ambitionnait de réussir : proposer un cyberpunk accessible et ancré dans une sensibilité française. Car au-delà de sa production hexagonale, rien dans son écriture ou dans sa vision ne semble véritablement porter une singularité culturelle ou politique propre. Le film adopte des codes internationaux sans les réinterpréter, livrant une œuvre techniquement solide mais conceptuellement dérivée.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle, la robotique et les infrastructures numériques évoluent à une vitesse inédite, Mars Express donne le sentiment d’un futur déjà dépassé au moment même de sa sortie — un paradoxe pour un genre qui, historiquement, avait pour vocation d’anticiper plutôt que de suivre.