Un classique du cinéma autrichien (énorme succès à l'époque), mais complètement inconnu chez nous, comme beaucoup d'autres. Pourtant, le scénario complexe et bien écrit, la mise en scène raffinée, les dialogues ciselés et les acteurs magnifiques en font un film délicieux à tout point de vue.
La complexité du scénario, le rythme enlevé et les dialogues pétillants relèvent du meilleur vaudeville. Ce qui ne veut pas dire que le film est théâtral. Tout se passe en intérieur, mais les décors sont spacieux et très beaux et la mise en scène est loin d'être statique. La scène d'ouverture au bal est une merveille de beauté et de mouvement. Je pense aussi à cet incroyable travelling qui suit un couple dansant la valse en traversant plusieurs pièces sans coupure. C'est d'une élégance folle, comme l'ensemble du film.
Les cinq acteurs principaux sont parfaits, mais c'est Paula Wessely, actrice autrichienne (essentiellement de théâtre) très connue dans son pays, qui brille particulièrement. C'est d'ailleurs ce (premier) rôle qui fit d'elle une star. Elle est craquante dans ce rôle de jeune femme naïve et peu sûre d'elle. Son personnage est le coeur battant du film, le faisant passer du vaudeville à la comédie sentimentale puis au drame noir.
Je n'oublie pas Anton Walbrook, totalement irrésistible en dessinateur mondain et coqueluche des dames de la haute société. Son arrivée au bal m'a curieusement beaucoup rappelé l'arrivée de Jerry Lewis dans "Docteur Jerry et Mister Love". Dominant la salle de bal du haut de l'escalier, il reste immobile, prenant le temps de sortir l'incontournable cigarette et de jeter un regard circulaire, pendant que toutes les femmes braquent leur regard sur lui et se parlent à l'oreille. Une arrivée efficace, à la fois sobre et spectaculaire. Walbrook est parfait dans un rôle complexe, à première vue antipathique et cynique, mais dont on découvre peu à peu qu'il est moins mauvais qu'il n'y paraît et qu'il est surtout victime d'une réputation sulfureuse pas si méritée que ça. Le couple qu'il forme avec Paula Wessely est très touchant. Walbrook a le chic pour dégager une belle alchimie avec ses partenaires féminines, comme Renate Müller par exemple avec qui il a tourné quatre fois. Je pense que c'est parce que Walbrook, malgré son charisme et son statut de tombeur, ne tire pas le tapis à lui. Il laisse sa partenaire féminine exister. C'est un truc rare dans le cinéma.