May December
6.4
May December

Film de Todd Haynes (2023)

Grosse bouse intersidérale, à la limite du supportable. J'ai souffert jusqu'a la fin... Au bout de 5 minutes, le ton est donné : alors qu’un jeune type fait cuire des saucisses sur la terrasse d’une villa, Julianne Moore se dirige vers sa cuisine et ouvre le frigidaire quand soudain… zoom avant sur son visage, musique angoissante, suspense insoutenable… Julianne Moore brise le silence par un « je crois qu’on a pas assez de hot-dogs » sorti du tréfond de son âme… Est-ce une parodie ? Un hommage aux pires films de Chabrol ? Un film d’horreur ? En réalité, Haynes semble bel et bien nous proposer un film psychologique de haut vol.


Qu’on se le dise, cette première scène est parfaitement représentative de la suite et la BO affreusement datée ne cessera jusqu’à la fin de surligner à outrance les tensions et les pseudo zones d’ombre des personnages.


Tout repose sur un mystère « insondable » : comment Gracie Atherton (Julianne Moore) a-t-elle pu quitter son mari et ses enfants pour vivre une histoire d’amour avec un gamin de 12 ans (l’histoire est inspirée de celle de Mary Kay Letourneau) ? Le récit introduit alors Elizabeth Berry (Natalie Portman) une actrice qui s’apprête à incarner à l’écran Gracie et qui s’invite dans l’intimité de leur foyer pour préparer son rôle. Démarre une enquête interminable et ultra linéaire qui révèle que, dans le fond, on est tous pareils, névrosés et remplis de paradoxes.


Le scénario et les dialogues étant indigents, le spectateur est censé deviner les turpitudes intérieures de chacun simplement parce que Haynes l’a décidé. Alors les personnages se mettent à changer ou à adopter des comportements très étranges sans qu’on sache vraiment pourquoi (comme dans cette séquence improbable ou Natalie Portman s’affaisse derrière une porte au fond d’un couloir dans une sorte d’extase érotique suivie par des plans de chenilles sur des feuilles… Attention, la Natalie va bientôt sortir de sa chrysalide !) On se dit alors que c’est exprès, que la banalité du texte (et des situations) est une mise en perspective de la « normalité ». Mais non, la superficialité reste de la superficialité.


Même la direction d’acteur nous mène dans l’impasse (c'est un inconditionnel de Julianne Moore qui vous parle), Natalie Portman décrochant haut la main la palme de la suffisance. D’une froideur extrême, elle ne parvient jamais à faire naître la moindre tension intérieure, ni même le moindre désir. Ses scènes ridicules de séduction ou d'auto érotisation sombrent dans un néant franchement embarrassant. Et en parlant de platitude, le directeur photo n'est pas en reste : l’image est aussi terne et sans saveur qu’un matin de brouillard sur un parking désert.


J’ai bien peur que « May December » fasse partie de ces innombrables films réalisés par des types persuadés d’être des Bergman en puissance (le film lorgne clairement sur "Persona") alors qu’ils ne sont que des tâcherons (oui j'exagère un peu dans le cas de Haynes mais ce film m'a foutu en rogne). Y a rien de pire. La mise en scène des introspections existentielles ou des subtilités de la perversité humaine se transforme irrémédiablement en clichés de films intello nombrilistes. Ici on est à la limite du sketch et on a bien de la peine pour Haynes qui vaut bien mieux que ce navet prétentieux. A fuir, sauf si vous avez 2 heures à perdre.


Doc_Omar
2
Écrit par

Créée

le 21 févr. 2025

Critique lue 38 fois

Doc_Omar

Écrit par

Critique lue 38 fois

5

D'autres avis sur May December

May December

May December

4

Yoshii

le 26 janv. 2024

Suivre

Métamorphose narcissique

J'aime beaucoup le cinéma de Todd Haynes, lorsqu'il s'attache à porter sa caméra au delà du mur des apparences pour disséquer un certain "American way of life", et traquer les malaises et...

May December

May December

7

Plume231

le 23 janv. 2024

Suivre

Imitation of Life!

On ne peut pas donner tort au réalisateur Todd Haynes de reprendre le thème musical hantant et entêtant de l'excellent film de Joseph Losey, Le Messager (ayant remporté la récompense suprême à Cannes...

May December

May December

10

Mick1048

le 11 janv. 2024

Suivre

Faites entrer l'accusée

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes où il en est néanmoins reparti bredouille, le nouveau film de Todd Haynes, brillant réalisateur américain habitué de la compétition cannoise, a...

Du même critique

Antoinette dans les Cévennes

Antoinette dans les Cévennes

3

Doc_Omar

le 21 janv. 2023

Suivre

Antoinette dans le formol

Bon ben y'a Antoinette, elle est instit, l’école est finie et Vladimir, son amant, part en famille dans les Cévennes. Alors Antoinette elle se dit comme ça « ce serait-y pas chouette de le retrouver...

Brainwashed - Le sexisme au cinéma

Brainwashed - Le sexisme au cinéma

4

Doc_Omar

le 16 oct. 2023

Suivre

D’un lavage de cerveau à l’autre

L’utilité d’un tel documentaire est indéniable. Sur le fond, impossible de ne pas être d’accord avec les faits. Oui l’industrie du cinéma (en particulier hollywoodien) a été et reste encore largement...

Un singe en hiver

Un singe en hiver

4

Doc_Omar

le 7 oct. 2020

Suivre

Ha ! Qu'on était bien entre couilles !

Excellente idée sur le papier, la confrontation Gabin – Belmondo accouche d’un film franchement décevant. En roues libres, nos deux « monstres sacrés » se contentent d’endosser les costumes qu’on...