Cette critique va être compliquée… j’ai vu le film hier soir et je n’arrive toujours pas à préciser mon sentiment à son égard. Pour commencer, il faut bien admettre que c’est un putain de chef d’œuvre. Nolan nous raconte ici l’enquête d’un homme qui souhaite venger sa femme assassinée, mais qui souffre d’une amnésie spectaculaire. En effet, l’homme est incapable de se souvenir des événements présents, mais il garde en mémoire sa vie passée avant l’accident qui lui a coûté sa mémoire vive. Par conséquent, il est contraint d’enregistrer le présent sur des polaroids qu’il annote pour retrouver son chemin.
Déjà, à première vue, l’histoire semble complètement exagérée. Je me mets à la place de cet homme, et je me dis que je serais certainement dans l’incapacité de faire quoi que ce soit si je souffrais de son mal, aussi j’ai beaucoup de difficulté à trouver le contexte d’une telle enquête crédible. Par ailleurs, je dois le souligner, ce personnage m’a tout de suite foutu les boules, dans le sens où il me mettait extrêmement mal à l’aise. Le fait d’oublier les choses aussi radicalement m’a plongé dans une horreur indescriptible. Ceci n’est pas un défaut. C’est un coup de maître de la part du réalisateur.
Une fois passée l’indigestion du contexte, je me suis concentré sur ce schéma narratif, tout aussi indigeste. Le film alterne entre deux temporalités, celle en couleur, qui rembobine l’action de scène en scène jusqu’à la situation de crise (le meurtre de la femme), et celle en noir et blanc, qui se déroule dans le bon sens, mais qui se passe dans le passé. Ajouté à cela, l’histoire d’un autre personnage amnésique qui illustre la maladie du héros. Et tout cela est également saupoudré d’une narration à la première personne en voix off. Ceux qui ont vu le film comprendront mes explications, les autres devraient se sentir perdues, c’est normal… Tout cela pour dire que Nolan n’a pas choisi la simplicité, le film aurait gagné à bénéficier d'un peu plus de logique structurelle, pourtant, ce n’est pas tellement casse-gueule que cela (à défaut d’être un peu casse-pied). L’histoire s’apprécie correctement, sans trop de heurts. Je dois même dire qu’une fois compris le principe, j’ai vraiment apprécié la forme très particulière.
J’ai réalisé dès les premières minutes, que Memento est le genre de film qu’il faut visionner plusieurs fois pour en saisir toutes les subtilités, et même l’apprécier complètement. Si je n’ai pas tout compris lors de ce premier visionnage, j’ai tout de même saisi l’intention et l’impact de l’histoire, qui peu à peu remet en question toutes les certitudes et même les incertitudes du public, et j’avoue que c’est fait de manière ingénieuse. J’ai adoré l’ambiance pesante, ambiguë, dans laquelle évolue le héros. L’action est prenante. Le film est tout simplement remarquable pour son audace et son innovation.
Le casting est excellent. Guy Pearce joue ici le rôle de sa carrière, c’est sûr. Il est vraiment beau, et vraiment exceptionnel ici. J’ai vraiment eu un gros coup de cœur pour sa performance. Je ne pensais rien de particulier de l’actrice Carrie-Anne Moss jusqu’à présent, mais je l’ai trouvé brillante (plus appréciable que dans Matrix). Seul Joe Pantoliano m’a laissé indifférent.
J’ai commencé à rédiger cette critique sans savoir si j’aimais ou non le film, je m’aperçois en approchant de la conclusion qu’il m'a marqué, et j’ai le sentiment que je m’en souviendrais longtemps, grâce à son originalité narrative, son ingéniosité dans le ton, et dans l’expression même. C’est extrêmement rare, mais j’aurais presque envie d’y retourner tout de suite. Le visionner une nouvelle fois pour le comprendre mieux…
Je ne vais pas me mentir, je crois que j’ai adoré.