Comment se rencontrer, lorsqu'elle ne cherche que l'oubli, et qu'il ne rêve qu'à s'attacher à des souvenirs qui s'enfuient ?
Sylvia (Jessica Chastain) est une mère célibataire, avec une fille, Anna (Brooke Timber), de 15 ans. Un passé d'abus et d'alcoolisme à gérer. Une fille qu'elle aime, surprotège, qu'elle empêche de vivre, par peur de revoir ses propres démons d'hier ressurgir à travers elle.
Sylvia est une femme qui n'est jamais à la fête, seule, fuyant la présence des autres. Une vie douloureuse, où chaque moment de son existence lui évoque sa solitude, ses fantômes.
Jusqu'à ce jour inquiétant, quand un homme mystérieux se met à la suivre, sans un mot, Saül (Peter Sarsgaard). Un peu perdu, qui s'endort devant sa porte toute la nuit. Sans vraiment comprendre.
Pour enfin réaliser que Saül est un homme qui voyage à présent parmi des visages et des rues qu'il ne connaît plus. Une mémoire qui s'en est allée. Malade d'une douce errance, pour un passé en fuite.
Sylvia tente de s'approcher, malgré ses inquiétudes, dans ce New York en arrière-plan. Ces passages de métro, aux promenades le long des parcs. L'intérieur de ces appartements, un lieu capable de se transformer en prison, puis, au gré des humeurs, en espace à réinventer.
Ainsi on observe le quotidien de Sylvia. Témoin de toutes ses peines, et d'une mère et son histoire, qui ravive ses blessures. Des paroles qui ont toujours douté de l'innocence de son enfance.
De même que Saül et sa famille, qui tendrement tissent des barrières de peur, afin qu'il ne reste jamais seul. Fragile dans ce monde incertain, que la démence poursuit, cherche à emporter, pour tout oublier, et se perdre dans ses pensées.
Se dessine pourtant une rencontre entre Sylvia et Saül, où chaque trajectoire de leurs corps vit à l'écran. Par de jolis moments de silence, de respiration et de sourire. Filmé avec maîtrise par Michel Franco, pour deux interprétations magnifiques de Jessica Chastain et Peter Sarsgaard, sans oublier bien sûr Brooke Timber dans ce beau film.
Alors malgré les interdits, on comprend ce lien qui les unit. Deux âmes qui ne peuvent s'atteindre que dans l'éphémère. Ces brefs instants, où Saül devient prisonnier du temps, avec pour unique image celle qui l'aime, comme au premier rendez-vous. Sylvia qui ne rêve que de lui, amoureuse de ses yeux, son jardin secret où les souvenirs se fanent. Elle veut rester libre à cette envie d'aimer, sans aucun passé. La présence d'une absence, pour ces quelques heures suspendues.
Ces petits moments de désir volé, ce baiser impossible. Cette première fois dans ce lit. Deux enfants qui s'aiment, qui ne veulent plus se quitter, que personne ne comprend, sauf sa fille, Anna. Qui ne cesse de grandir à chaque scène, l'impression d'une adulte, qui nous offre ce final, beau et surprenant, que seul le cinéma peut proposer.
Une rencontre pour une mémoire à aimer, qui s'enlace pour l'éternité.