Ce jeudi, en pleine promenade digestive, je passe devant le Pathé Wepler, place de Clichy. Comme à mon habitude mes yeux balayent les affiches : « ça j’ai déjà vu, ça c’est nul, patati patata et oh tiens c’est quoi ce machin ? Memory... j’aime bien les films qui traitent l'épineux sujet de la mémoire ou de la nostalgie. Michel Franco ? Jamais entendu parlé, inconnu au bataillon... A quelle heure est la prochaine séance ? Dans 7 minutes ? Lets go !! »
Waaaa quelle claque ! Quelle délicatesse ! Quelle subtilité.
Le film met en scène une femme dont on comprend vite que le passé fut lourd et douloureux. Et un homme dont la mémoire lui joue des tours… proche de l’amnésie quasi totale. Chacun, dans son histoire, est détruit par sa mémoire. La relation entre les deux viendra ici tant bien que mal jouer le rôle du pansement.
Tout dans le film est mesuré : les réactions, les sentiments, les plaisirs. Il y une subtilité, une distance dans la façon dont Franco filme. C’est si juste… si réaliste. Pas de fioriture. On ne dit pas tout, on comprend. On est là, spectateur de leur vie. Pas besoin qu’on nous explique. On les accompagne juste durant un bout de leur existence. Et après on s’en va. On les laisse être heureux…..on l’espère.
Le casting est parfait. Les acteurs sont d’une justesse absolue. Que ce soit les deux protagonistes (pardon mais Jessica Chastain, madame, vous êtes sublime !) mais aussi l’ados qui est très touchante , et même la maman… qui cache sa tristesse et son aveuglement.
Ce film m’a touché, j’en sors à l’instant, j’écris ces mots sur le pont du cimetière de Montmartre en rentrant chez moi. Et je suis content que le cinéma dans tout son mystère m’ait laissé m’aventurer vers cet inconnu pour une parenthèse délicate et intense.