La sélection Contrechamp au Festival d'Annecy peut être le lieu où peuvent se cacher les plus belles bizarreries de l'animation, voire les films les plus rafraichissants face à une compétition officielle aux profils parfois redondants. C'est notamment là qu'on a pu découvrir My Favorite War d'Ilze Burkovska Jacobsen, Beauty Water de Cho Kyung-Hoon, ou même Robot Dreams de Pablo Berger qui a même gratté une place aux Oscars. La sélection Contrechamp 2025 était particulièrement alléchante, et Memory Hotel m'avait particulièrement tapé dans l’œil. Un long métrage allemand entièrement en stop motion sur l'ère post seconde guerre mondiale sous l'occupation de l'URSS, il n'a fallu qu'un magnifique visuel pour développer une grosse attente lors de l'annonce du film à Annecy.
Si généralement ce genre d'information peut fausser notre perception d'un long métrage, il est exceptionnellement important de préciser que le film a mit 25 ans pour voir le jour car, de la première à la dernière minute, on ne voit que cela. Plus que les idées de mises en scène et de réalisations, le film est d'une excellente tenue plastique malgré sa durée. On pourra bien-sûr reprocher certains mouvements rapides, lors de courses ou de combat, mais force est de constaté que le film est extrêmement bien tenu, et que la réalisation est un exemple de régularité. Mais plus que la maitrise technique, permettant un résultat fluide sans jamais que cela prenne le pas sur la physicalité des marionnettes, ce sont bien les idées de mises en scènes et les choix artistiques qui démontrent une volonté de raconter par l'image plus que par le texte. L'un des exemples les plus parlants reste le rapport au corps et à la marionnette, que ce soit avec les militaires russes ou même le personnage principal, qui parlent tout deux de l'étreinte et de la dépossession de soi et de son identité. Du côté des militaires, on a cette impression que les militaires sont des jouets interchangeable qui puisse être remplacé au plaisir ou au besoin, montrant ainsi l'uniformisation des soldats mais aussi l'emprise du parti les poussant à agir comme des automates. De l'autre, on a tout une scène très efficace où le personnage principal va pour physiquement se transformer dans une scène de douche où l'eau va directement attaquer la couleur de la marionnette, tandis que celle-ci tourne sur elle-même comme un objet fait pour être observé et admiré, positionnant cette dernière en position de vulnérabilité. En plus de différentes scènes, le film propose de très beaux moments visuellement parlant, et cela peut être un parfait apport pour un récit condensé et pesant... s'il y en a un.
On est vite perdu face à une sorte de routine tortionnaire où l'on suit le quotidien d'une jeune femme exploitée pour être cuisinière dans un hôtel, et où on n'aura que trop peu de variations. Malgré la volonté de dresser le portrait de trois hommes voulant la jeune femme (littéralement le synopsis), seul l'ancien général russe arrive à vaguement développer une forme d'évolution et de développement de personnage. On a bien le récit du soldat allemand coincé entre deux sols, plongeant de plus en plus dans la folie, mais rien n'est réellement développer. Le pire étant le chef allemand, dont la situation est vraiment cryptique, qui n'est vraiment pas écrit finement et adopte presque un ton infantilisant à l'ensemble. Que ce soit ses actions, son évolution après la scène d'ouverture (remplit d'incohérence à base de coup de feu en pleine tête qui ne tue pas), ou même ses interactions avec les autres personnages, je n'arrive pas à ne pas voir autre chose qu'un méchant Disney des années 90/2000. On a parfois l'impression d'un film voulant démocratiser l'animation pour adulte en le rendant accessible à un public trop jeune en arrondissant les angles. Ça ne marche pas. On peut possiblement y voir les limites du concept et du projet comme lancé en 1999 lors du lancement de la production car si sur le papier le film peut fonctionner, il faut retirer le fait que l'animation ait évolué depuis 2000 et oublier l'existence de certains codes maintenant bien installés et démocratisés. Mais plus que de la maladresse, on a surtout l'impression que le réalisateur navigue à vu et n'a pas d'idée pouvant porter le long métrage.
Le film est beaucoup trop long avec trop peu de possibilités de dépaysement. D'un côté on veut nous faire ressentir un sentiment d’oppression à travers un récit condensé sous les quatre murs d'un hôtel, de l'autre le film prend trop son temps et offre beaucoup trop de portes ouvertes à son héroïne principale. On la voit sur le toit de l'hôtel, elle tient tête à tout le monde sans conséquence, le général russe est timide et n'ose pas lui faire du mal, on la voit se balader à droite à gauche... On manque de barrière pour croire en une quelconque contrainte. Le tout est accentué par le temps, que ce soit la manière dont découle le temps (au point que le récit se déroule sur plusieurs dizaines d'années) sans que le personnage principal n'ait de problème de santé évident, ou même les longueurs du film. A ce niveau là, on a notamment une phase affreusement longue et redondante à base de tartes et de repas non aux normes, trafiqué par un soldat allemand survivant entre deux sols, qui poussent le personnage principal à refaire inlassablement les repas. Si on a des scènes épars qui dynamise l'ensemble, comme la scène de la roulette russe, on est trop souvent sur les mêmes scènes sans enjeux qui frôlent parfois l'infantilisant dans leurs exécutions lorsque l'on se focalise sur le portrait grossier des russes qui peuvent boire de l'urine en confondant avec de la vodka, ou régler un différent à la roulette russe (malgré que la scène peut être prenant). Et là où l'on pourrait excuser les maladresses sur un projet plus modeste comme Les Démons d'Argile de Nuno Beato, on rappelle que le projet a mit 25 ans pour être réalisé, et qu'il y avait largement le temps pour abréger certaines scènes trop longues et de repenser le scénario pour mieux se focaliser sur ce que l'on veut raconter.
8,75/20
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