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25 critiques
Menteur au Carrey
Les + : - Jim Carrey représente encore une fois tout l'interêt du film. Il utilise des muscles dans son visage qui n'existent pas. Je ne me lasserai jamais de son talent... - Une bande originale...
le 30 juil. 2013
Jim Carrey débarque en trombe, corps élastique tendu à l’extrême, visage capable de tous les tours pour nous faire avaler sa vérité tordue. Dans Menteur, Menteur, il incarne Fletcher Reede, avocat qui ment comme il respire — c’est-à-dire avec une aisance qui mesure déjà son talent. Tom Shadyac lui offre un terrain de jeu idéal où la parole devient muscle qui se contracte et se détend à volonté, un organe qui enfle dès qu’on le sollicite un peu trop. On le voit se contorsionner dans les prétoires, mâchoire démontée, yeux exorbités, tout entier tendu vers ce mensonge suivant qui lui permettra de gagner son procès et son prochain coup en douce.
Dès l’ouverture, le rythme pulse, découpage nerveux et cadres serrés qui collent à la peau du comédien comme une seconde chair. Shadyac ne filme pas un simple acteur, il filme une érection verbale permanente : chaque bobard est un coup de pied donné au réel pour mieux le fourrer dans un coin. Le montage claque sec, plans qui s’enchaînent comme des fessées bien placées, tandis que la lumière californienne, clinquante et sans pitié, expose les coutures mal cachées de ce beau parleur. Carrey excelle : il ne joue pas, il se délie entièrement, corps en caoutchouc qui se plie, se tord, s’étire jusqu’à l’os, comme s’il voulait nous enfiler le rire de force et nous laisser pantelants, la bouche pleine de son art.
Le ressort dramatique est aussi simple qu’efficace : le jour des cinq ans de son fils, le gamin formule un vœu qui va tout débander. Papa ne pourra plus mentir pendant vingt-quatre heures. Voilà Fletcher pris à son propre piège, obligé de déballer ce qu’il dissimulait sous des couches de mensonges bien lubrifiés. Au tribunal, il avoue à sa cliente qu’elle a un cul de vache et un dossier qui pue ; devant son ex-femme, il crache qu’il l’a trompée plus souvent qu’il n’a plaidé juste. Chaque vérité jaillit alors comme une éjaculation précoce, incontrôlable, qui éclabousse tout le monde. Shadyac orchestre ce chaos avec un timing d’horloger vicieux, mouvements de caméra fluides qui suivent la débandade du héros comme on suit une flèche qui part dans tous les sens avant de trouver enfin sa cible.
Le film excelle dans cette tension entre le corps et le verbe. Carrey matérialise le supplice avec une précision chirurgicale : lèvres qui tremblent, mains qui tentent de retenir les mots comme on retient une envie trop pressante, hanches qui se cambrent sous l’effort de la sincérité forcée. La mise en scène épouse cette transe, plans subjectifs qui nous plongent dans son crâne en ébullition, travellings latéraux qui soulignent la fuite impossible, lumière crue qui fait briller la sueur sur son front. On sent la chair, l’odeur âcre de la panique, le poids soudain des arguments trop lourds quand plus aucun mensonge ne vient les soulager.
Pourtant, derrière la farce grasse, Menteur, Menteur glisse une lame plus fine et plus acérée. Le mensonge n’est pas qu’un vice comique, il est le lubrifiant social qui permet à Fletcher de baiser le système sans jamais se faire prendre. Quand la vérité s’impose, brutale et nue, elle révèle l’homme vulnérable, parole molle et cœur enfin battant pour de vrai. Le parcours évite le pathos dégoulinant grâce à l’énergie démente de Carrey, qui transforme la rédemption en un strip-tease burlesque : il se désape couche après couche, jusqu’à l’os, jusqu’à l’émotion qui surgit presque malgré lui. La relation avec son fils, traitée en touches justes mais jamais mièvres, donne au film cette profondeur charnelle sans alourdir le rythme ni tordre le récit.
Shadyac, artisan malin, sait quand serrer le cadre sur un regard perdu, quand élargir pour laisser exploser la farce collective. La musique pulse discrètement, comme un cœur qui bat la mesure, accompagnant les montées et les descentes de ce grand huit où le rire alterne avec le malaise. On rit gras, on rit jaune, on rit parfois jaune pisse, parce qu’on reconnaît nos propres petits arrangements avec la vérité, nos coups montés mentaux quotidiens, nos parades bien huilées pour éviter le face-à-face. Le film ne moralise pas, il expose, il fout le bordel dans les consciences bien rangées, et c’est précisément ce qui le rend si jouissif et si durable.
Au bout du compte, Menteur, Menteur reste une belle machine comique plantée dans le cul des années quatre-vingt-dix, un objet qui bande encore aujourd’hui grâce à la performance phénoménale de Jim Carrey. Pas le sommet absolu du genre, loin s’en faut, mais une comédie vicieuse qui sait exactement où appuyer pour nous faire crier de plaisir et de reconnaissance. Et quand le générique s’achève, on reste là, un peu essoufflé, le sourire en coin, avec l’envie furieuse de rementir aussitôt — juste pour vérifier si on en est encore capable, et si le mensonge garde toujours ce goût de victoire amère.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films sur la rédemption, Les meilleurs films sur le divorce, Les meilleurs films avec Jim Carrey, Les meilleurs films de 1997 et 2016 - Films - Kelemvor. Juste histoire de montrer à Epice qu'il n'y a pas que lui pour enquiquiner son monde avec des titres à rallonge
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le 11 mai 2026
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