6
4 critiques
Pauvre Mickey
Loin des sous-sols étouffants de Parasite et de sa soif de dignité, Mickey 17 nous plonge dans l'immensité glaciale de la science-fiction. Avec, pour interprète, Robert Pattinson dans le rôle de...
le 13 mars 2025
Voir le film
Après l'éblouissement mondial de Parasite, qui demeure l'oeuvre la plus unanimement reconnue de Bong Joon-Ho et l'un des films les plus marquants de la dernière décennie, le cinéaste coréen revient en 2025 avec Mickey 17, un projet ambitieux qui va cependant se révéler chaotique et brouillon. Parasite, avec son équilibre quasi parfait entre critique sociale incisive et construction narrative subtile, avait élevé la barre très haut. Cette reconnaissance internationale, avec l'exposition médiatique des plus grands prix dans le monde, posait la délicate question de la suite à donner à une carrière qui avait atteint son apogée.
Mickey 17 ne manque pas d'ambition. Dès les premières images, on reconnaît la patte Bong Joon-Ho. On repère rapidement cette manière singulière de mêler un univers dystopique à une critique sociale toujours percutante. On verrait presque se croiser les fantômes d'Okja et son côté enfantin et Snowpiercer qui interrogeait la lutte des classes dans un futur apocalyptique. Mais rapidement, la magie opère moins. On a une narration qui va se complexifier inutilement à cause de cette structure non linéaire qui n'apporte rien, sauf de la confusion là où la clarté aurait été la bienvenue. Cette structure, plutôt que de dynamiser le récit, l'alourdit. De plus, la voix off omniprésente ne fait que répéter ce que les images montrent déjà comme un doublon inutile. C'est personnellement un défaut que je supporte de moins en moins au cinéma.
Le film s'attaque à un thème puissant : le clonage, la question de l'identité, de la répétition et de la disparition de l'individualité dans un système déshumanisant. Pourtant, ce sujet n'est pas vraiment renouvelé ici. Il a été largement exploré au cinéma, et Mickey 17 n'apporte en rien un regard neuf sur le sujet. Robert Pattinson livre une double performance intéressante, jouant deux versions d'un même personnage, ce qui aurait pu être le terrain d'une exploration psychologique profonde. Mais les interactions entre ces doubles restent superficielles, manquent d'épaisseur et l'on finit par imaginer ce que ces confrontations auraient pu être si l'écriture était au rendez-vous.
En analysant le récit, on a cette impression d'un collage d'idées et de scènes déconnectées entre elles. Le rythme est haché et la narration manque de fluidité. L'empilement de sous-intrigues surgit sans rien apporter au message du film. Notre attention se dilue et on s'ennuie. On perd le fil et cette multiplication d'histoires secondaires fragmente dangereusement l'ensemble.
Sur le plan visuel, la déception est présente. Bong Joon Ho, toujours très soigneux dans ses cadres, ses plans et sa photographie, semble ici moins inspiré. La réalisation manque de souffle, de cette intensité qu'on avait dans ses précédents films. Les effets spéciaux sont paresseux, sans finesse ni rigueur. Il est très difficile de rendre l'univers crédible et immersif. Le montage va suivre ce rythme mal dosé avec des séquences parfois trop longues et d'autres qui s'éternisent.
Un autre point problématique est l'écriture des personnages. Bong Joon-ho a toujours su créer des personnages complexes, nuancés. Ici, au contraire, les personnages sont réduits à des archétypes qui manquent de profondeur. Les relations entre eux manquent de lien et on peine à s'investir émotionnellement. Même les acteurs talentueux comme Mark Ruffalo ou Toni Collette peinent à convaincre dans leurs rôles caricaturaux écrits à la va-vite.
Au niveau thématique, le film aborde des sujets intéressants, notamment l'opposition féroce entre deux camps politiques irréconciliables, symbolisée par les doubles des héros. Mais ces idées prometteuses sont effleurées sans jamais être pleinement développées. On a l'impression d'un brouillon. De plus, les tentatives d'humour sont maladroites. Elles ne parviennent pas à alléger le film qui est vite devenu lourd.
Le dernier tiers de Mickey 17 illustre parfaitement ce manque de maîtrise. Autant on peut se laisser happer par quelques idées intéressantes et l'univers posé dans la première partie, autant cette dernière partie se perd dans un bazar sans nom. Le film ne conclut pas grand chose et part dans tous les sens, comme un condensé de tous les défauts vus précédemment. Le propos initial devient de moins en moins clair. Ce chaos narratif devient frustrant, au point de décrocher quasi totalement du film. Un vrai raté qui laisse un goût amer quand on connait la maîtrise de Bong Joon-Ho.
Est-ce que cette déconvenue est liée à la transition du réalisateur vers Hollywood et toutes les contraintes que l'on connait. On a l'impression que Bong Joon-Ho a laissé trop d'idées s'accumuler sans réussir à en tenir un ensemble cohérent. Mickey 17 se révèle être un film inabouti autant sur l'écriture des personnages que sur le message du film.
Malgré tout, il serait injuste de condamner définitivement ce film. Bong Joon-Ho reste un réalisateur d'exception avec sa vision du monde et son style bien à lui. Mickey 17 montre qu'il garde cette ambition de raconter des histoires fortes et qu'il cherche à explorer des territoires nouveaux. Mais il apparait clairement que ce film est l'étape la plus difficile de sa carrière.
On espère donc que ce faux pas sera vite oublié, et que Bong Joon-Ho retrouvera cette rigueur d'écriture qui ont fait sa réputation. Le retour au cinéma coréen pourrait lui permettre de retrouver un terrain connu qui a révélé tout son talent depuis son premier long métrage. Peut-être que cette incursion hollywoodienne ne fut qu'une simple parenthèse.
Mickey 17 est un film riche en idées et ambitieux mais qui souffre d'un manque de maîtrise. La narration décousue, la mise en scène fade, finissement par perdre le spectateur avec notamment ce dernier tiers qui synthétise parfaitement l'ennui et le frustration que l'on peut ressentir. Ce film laisse donc un goût amer quand on se souvient de la justesse de Mother, Parasite ou encore Memories Of murder. Cela soulève la question d'un auteur comme Bong Joon-Ho dans le grand cirque hollywoodien.
Créée
le 1 août 2025
Critique lue 7 fois
6
4 critiques
Loin des sous-sols étouffants de Parasite et de sa soif de dignité, Mickey 17 nous plonge dans l'immensité glaciale de la science-fiction. Avec, pour interprète, Robert Pattinson dans le rôle de...
le 13 mars 2025
2
2916 critiques
Pitié. Stop. Je n'en peux plus. Ce que je demande n'est pourtant pas si extraordinaire que ça. Il fut même un temps où ce que j'ai toujours posé comme exigence de base était plutôt monnaie courante...
le 5 mars 2025
7
252 critiques
La relative déception qui accompagne la sortie de Mickey 17 n'a finalement rien de surprenant, au vu des attentes probablement démesurées suscitées par le projet depuis sa genèse. Multi récompensé,...
le 5 mars 2025
1
389 critiques
1 200 000 spectateurs au cinéma et là on se demande vraiment pourquoi. Je pense que je viens d’assister à la pire chose sortie en 2015 (je n’ai pas encore regardé de films de Kev Adams donc ça peut...
le 7 nov. 2015
5
389 critiques
J’avais bien aimé le livre de Stephen King. J’avais trouvé l’histoire assez intéressante. J’ai décidé de me lancer dans l’adaptation cinématographique sortie en 1996 et réalisée par Tom Holland...
le 26 août 2015
7
389 critiques
Après des bons films notamment comme « Mystic River » ou « Million Dollar Bay », Clint Eastwood réalise « Gran Torino » qui se révèle certainement être mon préféré du réalisateur. Voici le synopsis...
le 24 juin 2015
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème