Horace nous indiquait que les choses répétées deux fois sont plaisantes. Ici, du point de vue du héros, on peut en douter. Mine de rien, après l’excellent "Parasite", Bong Joon-Ho s’aventure sur le terrain de la science-fiction avec une fable mordante et drôle. Il s’entoure de très bons acteurs dont Robert Pâtisson (qui me surprend à chaque fois dans sa plasticité) ou encore Marc Ruffalo, bien loin de l’avocat opiniâtre d’En eaux troubles, son manifeste écologique.

Nous ne sommes pourtant pas si éloignés des obsessions du réalisateur : la mainmise des nantis sur la société, le calvaire des moins que rien et des édentés, ici un paria voué à la mort et à la reproduction infinie via une ingénieuse imprimante, la bêtise des suiveurs, la destruction écologique d'une planète, l'importance des liens humains. Un constat se dégage progressivement des aventures vécues par Mickey 17. La société préserve ses lois et ses classes sociales, déterminants sociologiques qui perdurent, même à des milliers de kilomètres de la planète terre.

Le scénario est la la fois loufoque, barré, comique mais aussi grave. Il s'avère également, avec le recul et un regard tourné vers l'actualité des Etats Unis, assez prémonitoire et corrosif.

Les messages du réalisateur sont parfaitement limpides :

L’être humain devient, aux mains du capitalisme une marchandise exploitée et reproductible à l’infini, un peu comme les livreurs corvéables et remplaçables de nos plateaux repas.

La tentation totalitaire guette tout dirigeant nanti d’une once de pouvoir même s'il croit poursuivre un but salutaire.

L’échec ou la disgrâce infamante ne dissuadent jamais les politiques, suivis par une cohorte de fans sans cervelle, de développer à nouveau leur emprise.

L’éradication de l’étranger, celui que l’on ne comprend pas ou avec lequel on ne communique pas, reste une solution télégénique vendable et prisée par nos dirigeants.


Il y a sans doute encore d’autres références à notre vécu ou notre histoire dans ce film où, sous la forme d’une farce un peu outrée, Bong Joon-Ho règle ses comptes avec l’extrême vanité et les naïves certitude du genre humain.

Même si vous n’aimez pas la science-fiction, les films coréens ou les dystopies n’hésitez pas. Le film s’avère proposer d’autres lectures que celles d'un simple divertissement au demeurant fort sympathique.


Fksanz
8
Écrit par

Créée

le 22 juil. 2025

Critique lue 12 fois

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