Amateur des polars hard boiled de Dashiell Hammett, je suis évidemment fan de ce que je considère comme étant le meilleur film des Cohen. Lorgnant vers LA MOISSON ROUGE (roman emblématique) et LA CLÉ DE VERRE (on est plus sur une variation que sur une adaptation), cette histoire de loyauté et d’amitié sur fond de trahison, meurtres violents et chausse-trappe en tous genres est un chef-d’œuvre.
L’image est sublime, les acteurs sont juste parfaits (Gabriel Byrne (Tom Reagan) est magnifique en héros taciturne), et les décors sont majestueux. Reagan représente l’intelligence et la faiblesse (la manipulation) face au flot de brutalité (le côté féminin face à la virilité pure et dure). Mais au final, il est très dur à cerner (semblant aller au gré du vent, des alliances). Même si finalement il paraît attaché à Léo (relation assez ambiguë), en finissant par tuer celui qu’il avait épargné (Bernie), sachant que ça lui fait perdre la femme qu’il aime en sauvant l’homme qu’il apprécie.
Les Cohen donnent une patine moderne à un matériau classique. Le film joue constamment avec les codes du film de gangsters sans s’en amuser. Le personnage de Jon Polito flirte avec les limites de la caricature, mais nous paraît moins risible lors des scènes avec son fils. De même, le gangster véritable dur à cuir qui s’avère être homosexuel n’est jamais dans le cliché.
La mise en scène est souvent brillante, sortant des récurrences de scènes avec des personnages invisibles aux yeux des autres (Tom qui entre dans son appart, téléphone, se sert un verre et s’assoit, et là on s’aperçoit que Bernie, celui que tout le monde recherche est assis dans un fauteuil face à lui ; ou alors la conversation entre Tom et Léo, dans l’appart de Tom, Léo recherchant sa maîtresse, conversation qui une fois terminée nous laisse découvrir cette fameuse maîtresse dans le lit de Tom).
On se laisse porter par ce polar noir, imprégné de dialogues qui font mouche, et dont les accès de violence ne sont pas sans rappeler le Parrain.
Et puis, comment ne pas parler de la magnifique musique qui parsème le film de moments de grâce.
Les chapeaux jouent un rôle important. On passe son temps à les enlever, les remettre, les voir voler au gré du vent, ils servent même à assumer un fondu.
Un vrai chef-d’œuvre très méconnu.