Sans tenir compte de la série et donc, du fameux débat concernant le personnage de Phelps, ce film est pour moi la seule véritable réussite de la saga filmique des Mission Impossible.
Pourquoi ?
Sans doute en premier lieu parce qu'il a été réalisé par Brian De Palma, synonyme de maîtrise. De Palma nous fait entrer dans un univers imprégné par le film noir. L'image est sombre, froide, contrastée. Les plans sont recherchés, travaillés, justes. Rythme lent, lumière magnifique, dialogues subtils, c'est le style des années 90 qui prime et qui manque tant au reste de la série, qui s'est vue dès sont deuxième volet entrer dans la grandiloquence.
Qu'on s'entende bien : je ne suis pas contre le grandiloquent. J'aime aller voir un film pop-corn, assister à des scènes d'action bien huilées, rire aux blagues sympathiques des personnages tout aussi sympathiques et sortir de là sans avoir réfléchi à autre chose que "bon sang, comment vont-ils s'en sortir ?". Mission Impossible 3 et 4 remplissent d'ailleurs parfaitement ce rôle, avec en prime des scènes d'action et de tension très bien orchestrées.
Ce Mission Impossible, lui, n'est pas grandiloquent. Il est grandiose.
L'atmosphère sérieuse n'empêche pas de placer quelques touches d'humour. Les personnages sont habités d'une personnalité suffisamment complexe pour ne pas donner l'impression qu'on en a fait le tour en un seul film, ni qu'on a affaire à des personnages interchangeables (comme c'est le cas de chaque rôle féminin dans ses suites, par ex). Les scènes d'actions sont peu nombreuses mais spectaculaires (Je suis lassée d'entendre cette rengaine sur le grotesque de la scène de l'hélicoptère. Evidemment qu'elle n'est pas réaliste, et ce n'est pas ce qu'on lui demande ! Elle est, en revanche, spectaculaire et teintée d'humour). La tension est parfaitement maîtrisée et les enjeux savamment mis en place. Les dialogues n'expliquent pas tout (comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui, où il faut croire que le but est de ne surtout pas faire réfléchir le spectateur, même une seconde) et les choix de montage soulignent une subtilité qui n'existe plus dans les autres films de la saga.
Ce film est une réussite aussi bien dans la forme que dans le fond, où l'on use et traite de thèmes et codes chers aux films d'espion : la loyauté, la trahison, le jeu d'esprit, le gadget, etc... Mais surtout, il est construit autour d'un scénario intelligent, qui n'hésite pas à proposer des idées audacieuses (comme la conclusion de la scène d'infiltration du début). On pensera ce qu'on veut de la fin du film et de ses implications, l'idée est là et fonctionne, même si elle reste son point faible (à mon avis).
En conclusion, je dirais que ce Mission Impossible est à la saga des Mission Impossible ce que Tuer n'est pas jouer ou Skyfall sont aux James Bond : des films d'action sombres, maîtrisés, intelligents, subtils, visuellement splendides, aux personnages écorchés et aux interrogations profondément humaines. Il restera pour moi bien plus qu'un "simple" film d'action, mais un véritable film, duquel je ressors (à 12 ans comme à 32) en sachant qu'il m'en restera toujours quelque chose. C'est cet aspect qui me plait dans le cinéma, qu'il s'agisse de cinéma dit de divertissement ou non ; mais une fois encore, tout ceci reste une affaire de goût et d'attentes.