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Histoire classique parmi les classiques, il aura fallu que je vois enfin le film de John Huston pour me rendre compte que je n’avais en réalité jamais vu la moindre adaptation complète de l’œuvre, mais seulement des références disséminées depuis les dessins animés et BD de mon enfance à des œuvres telles que Metal Gear Solid V. Je connaissais les personnages, les thèmes, le dénouement, mais n’avait jusqu’alors jamais eu l’occasion de combiner tout ça dans le bon sens pour un retour au source.
Et quel retour! Huston et son directeur photo donnent dans la monochromie de l’image qui confère un côté vieilli, papyrus, et donc mythique, à cette adaptation d’un classique majeur de la littérature américaine. En sus, les prestations sont purement théâtrales, grandiloquentes (d'un Gregory Peck à contre-emploi jusqu’à la courte apparition d’Orson Welles dans un sermon marquant). Ce double choix de refuser toute notion de réalisme permet une déférence par la forme, mais également la construction mythologique au sein même de l'œuvre qui vient transfigurer cette aventure en légende.
Le spectateur est ainsi invité à accepter ce qu’on lui montre comme l’évidente allégorie de l’obsession, de la vengeance et de l’hubris, et ce dès l’accroche par la voix off d’un narrateur non fiable, seul témoin des faits qu’il relate et métamorphose donc forcément : “Call me Ishmael”. Pour un récit ancré dans le réel, celui dont s’est inspiré Melville, allez donc voir l’honnête adaptation de Ron Howard, In the Heart of the Sea, Moby Dick n’a pas cette vocation et John Huston non plus.
Même si l’on ne comprend pas ce monde dans lequel on évolue, il faut réussir à s’accorder à lui. Par ce précepte donné par un marin pour tenter de calmer Ahab, c’est le caractère blasphématoire du texte qui transparaît, plaçant le naturalisme par devant le divin et venant ainsi mettre à mal la quête du capitaine qui voit la baleine comme un dieu malfaisant à abattre (hubris vous disais-je), et avec lequel il finira fusionné.
Moby Dick n’a pas vieilli. En plus de sa maîtrise thématique, la bête est remarquablement convaincante, et le tournage en mer fût, comme toujours (Jaws, Waterworld…), un cauchemar qui en valait in fine la peine pour nos mirettes. Et vu que je ne m’attaquerais sûrement jamais aux 1500 pages du roman, je suis bien heureux d’avoir une telle adaptation, bien que coupant forcément dans le gras pour aller à l’essentiel de la vision du cinéaste, à me mettre sous la dent.