Mommy est ma première expérience Dolan. Avant le 10 Octobre je ne connaissais de ce réalisateur que son jeune âge, sa prolixité cinématographique et son homoséxualité. Assez réducteur me direz-vous... Vous n'avez pas tort.

Dolan ici signe un portrait de femmes sublime porté par les géniales Anne Dorval et Suzanne Clément. Mais la présence du violent, mais tout aussi drôle et touchant, fils de la première (révélation pour Antoine - Olivier Pilon) vient pimenter la vie de ces deux femmes
Humain. Voilà peut être le terme qui qualifie le mieux ce film. Dolan nous présente des personnages d'une petite classe sociale et, par le rire et les larmes, nous fait les aimer instantanément. C'est une grande leçon d'humanité que nous offre ici le québécois. Ces personnages ont tous des défauts ; l'un est malade et violent, l'autre est vulgaire, l'autre bégaie... mais ces défauts deviennent des éléments à leur beauté et profondeur.
Comment dire... ? L'humanité résulte justement de ces personnages et de leurs défauts. Mais outre la leçon d'humanité, c'est aussi une grande leçon de cinéma que nous livre le réalisateur.
En effet le film est une claque. Autant par son propos qu'esthétiquement. Dolan prouve que l'on peut faire un film sublime avec un format carré (1:1). Cette trouvaille stylistique reste la particularité de ce film. Dolan et ses acteurs jouent avec, écartent les bandes noires qui écrasent les personnages (les menant à la violence) mais dont ils peuvent néanmoins se libèrer. Le poids de la société n'aura jamais été aussi finement traité au cinéma.
Dolan sublime son film par une bande originale qui rarement aura été autant exploitée. Car, et c'est une chose qui m'importe, musique et film ne font qu'un. A la manière d'un Kubrick (serais-je en train de dire que Dolan est digne du génie de Kubrick ?), le québécois nous offre des scènes musicales de toutes beautés. Et, contrairement à Kubrick, c'est une veine ultra pop qui traverse le film. Loin des Strauss ou autres Beethoven, Dolan nous livre du Lana Del Rey, de l'Oasis ou encore du Céline Dion, qui tous ont une force insoupçonnée ; lier les personnages, les enfermer, les libérer... Dolan vit avec son temps et nous le montre comme il l'aime. Et nous le fait aimer.
Jamais film aura mieux traité l'impact de la société sur des vies. Dolan nous fait réfléchir, nous bouleverse, nous libère, nous touche et nous fait rire. Beaucoup.

Un film bouleversant, qu'il l'aurait été encore plus si j'avais été une mère moi - même. Peut - être (surement) aurais -je mieux compris le combat de cette femme pour son enfant.

Créée

le 21 oct. 2014

Critique lue 872 fois

Charles Dubois

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5

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