Un enlèvement, un chaos, une folie

Voilà un film qui peut être vu comme une version française de Taken, ou plutôt une anti-version. Ici, le père de l'enfant kidnappé n'a rien d'un spécialiste des armes, du combat, des conflits violents. C'est un homme presque démuni, qui passe à l'action dans une situation où il est en état de choc, tout comme sa femme et le nouveau compagnon de sa femme. Chacun de ces trois personnages est plongé dans une crise personnelle, intime et chaotique, déclenchée par la disparition. Ainsi, la première partie du film met en place ce qui sera le ferment de la seconde : une folie intérieure faite de douleur et d'un basculement très loin des sessions de vie ordinaires et des bienséances qui musèlent le passage à l'acte.


La particularité du film tient à son dispositif : Guillaume Canet n’a reçu aucun script et découvre l’histoire au fur et à mesure, comme son personnage. Cette improvisation forcée donne au film une tension étrange, presque documentaire, où les réactions semblent brutes, parfois maladroites, parfois bouleversantes.


L'enquête est presque trop simple, secondaire, mais elle a une sécheresse qui la rend terriblement réaliste. Ici, tous les actes comptent, et le père vit dans un monde réel où les transgressions se payent. L'atmosphère est assez particulière, dans le sens où, finalement, le père devient un héros assez classique, par certains côtés, mais aussi complètement singulier, puisqu'il semble plutôt dominé par ses sentiments et sa souffrance, et sans réelle prise sur les événements : le basculement du côté sombre de la force est une mécanique dont il est esclave, et dégage plutôt une sensation de perte de maîtrise que de réappropriation d'une puissance personnelle.


A mesure que la situation s’assombrit, le film glisse vers une posture de cinéma plus classique — celle du père prêt à braver l’impossible — tout en en restant une déclinaison très humaine : fragile, perdu, dominé par ses émotions, commettant des erreurs, et constamment à la limite de ses moyens. C'est un être humain vulnérable, qui se dépossède momentanément de son humanité par amour viscéral pour son fils. Il est poussé dans un combat sordide, brutal, à son corps défendant, sans échappatoire.


Ce qui intéresse Carion, ce n’est ni l’action spectaculaire ni la résolution d’un mystère complexe, mais le basculement intérieur de cet homme entraîné dans une spirale qu’il ne contrôle pas. Chaque pas vers la violence semble surgir d’une nécessité impitoyable. Tuer ou mourir de ne plus jamais revoir son fils.

Auba_hop
7
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le 23 nov. 2025

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