Patricio Guzman passe à côté de son sujet et de son propos. Réaliser un documentaire sur la force collective que représente les masses, le peuple en tant que sujet COLLECTIF nécessite vraiment de s'effacer derrière ce que l"on montre... et Guzman propose tout l'inverse ! Il passe la majorité de son temps de parole à parler de lui et son nombril : de son histoire personnelle avec Chris Maker, les anecdotes de couloirs à l'assemblée, de son passage à l'Estado national, de lui, de lui et de lui. En fait, le film ne retrace pas le processus octubriste, il déploie le Chili qu'IL désire et ça se transcrit par les personnes interrogées. Si au début la femme à la cagoule fleurie, la journaliste et la secouriste sont des témoignages importants, la conclusion s'achemine vers les puissants, les élites et ceux qui occupent des postes et qui sont sensés penser la révolution sociale. Spoiler, c'est un échec de la pensée, échec d'une constitution plaquée sur les démocraties européennes, constitution qui vole au peuple sa puissance explosive. Échec qui résonne aujourd'hui avec l'extrême droite de Kast au pouvoir.
Le documentaire a tout de même la force des images qui échappent à tout discours, images de liesse populaire, notamment le moment où les barrières autour de la Plaza Dignidad tombent... mais aujourd'hui, la statue de Baquedano y trône toujours...