Derrière son apparente pauvreté en terme de contenu dramaturgique, Mon Trésor se révèle tout de même être un trésor (justement) de réalisation. A l'instar de ses héroïnes, cette réalisation est "dénudée" de toutes artifices: peu voire pas de mouvements de caméra, de longs plans séquences souvent très beaux et silencieux. Keren Yedaya fait le choix audacieux de ne pas habiller ses plans avec une bande sonore, donnant au film un réalisme très fort, d'autant plus que les scènes sont crues mais sincères.
Autre excellent choix, le duo d'actrices formidables: Ronnit Elkabetz n'est plus du tout dans l'élégance ou le charme, mais dans une espèce de décadence peu agréable à voir, peu soignée, obstinée et brisée. L'actrice livre ici une prestation bluffante, faisant de son personnages obstinée un être pathétique, aveugle, paumée. Dans le rôle de la fille, Dana Ivgy est simplement excellente: en se laissant filmée sous tous les angles, elle incarne parfaitement cette lente chute dans laquelle le film entraîne très doucement son personnage.
Mon Trésor, c'est un film pessimiste mais beau, qui ne prend pas de parti pris et qui pourtant fait preuve d'un véritable amour pour ses personnages. En se contentant de les filmer le plus justement possible, il démontre leurs différentes facettes et offre au spectateur la décomposition de tout espoir. Entre une mère qui racle le fond du ravin et une fille qui la rejoint dans le trou, le spectateur est pris au coeur sans qu'aucun pathos n'intervienne.