Ratna, jeune veuve issue d'un petit village reculé de l'Inde, devient domestique auprès de l'héritier d'une bonne famille de Bombay. Malgré leurs différences et la barrière des castes, l'amour finit par éclore, délicatement et simplement. Mais leur amour est impossible dans ce pays en pleine mutation où les héritages du passé sont encore très puissants.
Loin des clichés habituels du cinéma indien, immanquablement associé à la patte bollywoodienne, Monsieur propose une approche plus intimiste, à la fois sobre et dépouillée de tout artifice de narration ou de réalisation. Rohena Gera s’attache à l’essentiel, concentrée sur son sujet (la naissance d’une relation amoureuse entre deux individus issus de deux milieux radicalement opposés) sans jamais en perdre le fil directeur. Pourtant apparaît en creux, le portrait d’une société en pleine mutation, engoncée dans un système de castes désormais complètement archaïque, alors même que l’Inde tente de se faire une place parmi les Grands de ce monde. Cette dichotomie est parfaitement retranscrite à l’écran, la caméra évoluant dans une cité grouillante de vie où les buildings ultra-modernes surplombent des quartiers crasseux et des bazars colorés, où les puissants organisent de fastes réceptions pendant que les domestiques mangent à même le sol en cuisine. Mais rien de tout cela n’est complaisant ou exotique, le regard de la réalisatrice indienne se veut à la fois curieux et intimiste, suivant ses personnages au plus près, nous permettant de découvrir Bombay à hauteur d’homme. Mais si le film illustre parfaitement les défis sociétaux que l’Inde se doit de relever, il reste avant tout et surtout une très belle histoire d’amour, sobre, élégante, mais dépouillée de tout pathos inutile. Un film fort et émouvant dont chaque scène sonne incroyablement juste.