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le 10 juin 2015
SuivreTorpeur et tremblements.
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Tout a été écrit sur "Mort à Venise". Autant dire que mon intention ici ce n'est pas de laisser une critique de plus mais d'exprimer l'impression profonde laissée à jamais par ce film dans mon coeur de cinéphile. Peu de films se sont trouvés sur le fil (la corde raide on pourrait dire même) qui sépare le sublime du ridicule, éveillant des passions dans un sens comme dans l'autre, et aussi un certain malaise, né à la fois d'une mauvaise interprétation du propos de Visconti (emprunté à Thomas Mann) et, plus tard, du triste destin du comédien suédois qui interprète Tadzio (Björn Andréssen), revelé surtout par le documentaire "L'ange blond de Visconti". Je vais préciser tout de suite que, conscient de toute la fragilité sur laquelle repose le film, ou peut-être à cause de celle-ci même, je penche résolument du côte du sublime. La prodigieuse photographie de Pasquale di Santis, toute en tons crémeux accentuant l'athmosphère mortuaire qui s'empare avec le choléra d'une ville elle-même flottant sur sa propre décadence, l'atmosphère somptueuse (décors et costumes), l'utilisation inégalée de l'adagietto de la 5ème symphonie de Mahler (compositeur en grande partie redécouvert pour un large public grâce au film -à signaler, en lien avec cela, la bonne idée de transformer l'écrivain Von Aschenbach de la nouvelle de Thomas Mann en musicien), à commencer par la séquence d'ouverture, avec le vaporetto se détachant langoureusement des ténèbres à l'aube sur la lagune vénitienne, ou l'incarnation de la mère de Tadzio par une Silvana Mangano au sommet ("cette dame qui ne parle pas, mais qui seulement chuchote..." disait quelqu'un, inspirée à ce qu'il paraît de la propre mère de Visconti), ce sont à mon avis des éléments qui rendent cet oeuvre inoubliable. Cela dit, ma propre appréhension du film a inévitablement évoluée avec le temps, comme ce doit être le cas pour la majeur part des oeuvres d'arts, fussent-elles des chefs d'oeuvre incontestés. J'ai vu "Mort à Venise" pour la première fois dans les salles obscures à l'âge de 17 ans... et ce fut un choc! Je restai longtemps fasciné par la beauté plastique du film, par son propos philosophique nietzscheen, par l'interprétation de Dirk Bogarde, à l'époque l'un de mes acteurs préférés... La Venise viscontienne (ne pas oublier celle si sombre d'un autre grand film, "Senso") infusa dans mon goût en formation d'adolescent en même temps que celle du "Casanova" de Fellini, intégralement reproduite en studio, même avec celle en noir et blanc de Losey ("Eve") pour construire tout un imaginaire d'une ville mythique et jamais visitée, ayant une existence propre dans son évocation artistique, et plus précisément cinématographique. Puis les années passèrent et vint le temps de remettre les choses en place, surtout par rapport à la filmographie de Visconti: les critères qui nous permettent de valoriser un travail sur un autre évoluant inexorablement, je préfère aujourd'hui d'autres films du réalisateur ("Le guépard", "Rocco et ses frères", même le "Ludwig", depuis le montage réparateur dirigé par Suso Cecchi d'Amico au début des années 80), mais "Mort à Venise" garde malgré tout une place de choix dans mon panthéon, car il témoigne pour moi justement de ça, de la formation du goût et de son évolution, d'un sentiment (stricto sensu) de l'art et de la beauté. J'en admets volontiers les défauts: les flashbacks ne sont peut-être pas assez approfondis et constituent l'un des points faibles du film, la déchéance finale de Von Aschenbach à la fin force peut-être un peu trop le trait (malgré tout elle continue à m'émouvoir), l'équilibre qui tend le film d'un bout à l'autre semble sur le point de sombrer à plus d'un moment.... et pourtant ça tient! A chaque vision (rarement au cinéma malheureusement), je reste émerveillé, et ce sont en fait des décennies d'amour pour le cinéma qui défilent devant mes yeux, car "Mort à Venise" fut pour moi fondateur et, bien que tout change, même les préférences à l'heure d'évaluer un film (ou qui sait, parce qu'elles changent précisément), mon souvenir de ce film reste et restera toujours unique.
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il y a 2 jours
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