En pleine période de thriller politique américain mais aussi français, Georges Lautner délaissait le ton léger de ses comédies policières pour lorgner du côté du cinéma de Henri Verneuil avec Alain Delon en tête d’affiche. Le résultat n’est, bien entendu, pas tout à fait dans la même veine que son compatriote, puisque le film est aussi bien un thriller haletant qu’un film d’action avec cascades signées Rémy Julienne et gunfights sanglants. Mais la musique mélancolique de Philippe Sarde renvoie irrémédiablement au film noir et à une ambiance plus feutrée. Avec Michel Audiard aux dialogues qui se délecte de pouvoir se payer à la fois les policiers et les politiques, les mots cognent fort et donnent à l’ensemble une saveur particulière. Ces derniers sont d’autant plus appréciables qu’ils sont servis par un parterre d’acteurs à faire pâlir d’envie le metteur en scène des années 2020. Comment, en effet, retrouver autant de talents chez les premiers que chez les seconds rôles qu’à cette époque ? Et c’est sûrement une des forces évidentes de ce polar avec sa distribution qui fait briller les yeux.


Réussissant parfaitement à doser la part thriller alambiqué propre au genre et la part action, Georges Lautner sert un film d’une évidente efficacité qui explique pourquoi ce titre est un des classiques des polars français des années 1970. Par ailleurs, souvent critiqué pour n’être qu’un petit artisan du cinéma, Georges Lautner avance ici différentes idées de mise en scène qui donnent un ton particulier à l’ensemble. Avec son rythme impeccable et son apparent académisme, Georges Lautner se permet ainsi quelques incursions astucieuses à d’autres genres. Comment ainsi ne pas penser au giallo lors d’une scène tout en caméra subjective qui rajoute une tension supplémentaire ? Roublarde à souhait, la caméra de Lautner parvient tout au long du film à créer une atmosphère troublante tout en maintenant un rythme de croisière idéal. Un cocktail pas simple à concocter qui met en évidence la maîtrise de l’ensemble.


Si la charge contre le monde de la politique est un peu raide et manque singulièrement de nuances, le résultat est suffisamment bien emballé pour qu’on passe sur cet aspect trop caricatural. Et puis Alain Delon quand même… toujours impeccable qui traverse le film avec une classe incroyable.


Play-It-Again-Seb
8

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Liste et classement des films que j'ai vus ou revus en 2024

Créée

le 8 avr. 2024

Critique lue 423 fois

PIAS

Écrit par

Critique lue 423 fois

13
3

D'autres avis sur Mort d'un pourri

Mort d'un pourri

Mort d'un pourri

8

Play-It-Again-Seb

1155 critiques

Du rififi chez les politicards

En pleine période de thriller politique américain mais aussi français, Georges Lautner délaissait le ton léger de ses comédies policières pour lorgner du côté du cinéma de Henri Verneuil avec Alain...

le 8 avr. 2024

Mort d'un pourri

Mort d'un pourri

6

Alligator

4711 critiques

Le libéralisme pour les nuls

"Morts de plusieurs pourris" aurait été un titre plus judicieux. Car ils sont tous plus ou moins pourris dans ce film noir. Curieux animal que ce film! Rarement je n'aurais eu autant d'efforts à...

le 27 déc. 2012

Mort d'un pourri

Mort d'un pourri

8

jesuismutique

1000 critiques

Le cahier qui tue.

Le député Phillipe Dubaye (Maurice Ronet) réveille son ami Xavier Maréchal (Alain Delon) pour lui annoncer qu'il a tué Serrano, collègue de l'assemblée nationale qui le menaçait de révéler à la...

le 14 juil. 2022

Du même critique

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

9

Play-It-Again-Seb

1155 critiques

Du culte en haut de la cheminée

La comédie est un art difficile et ingrat. Quand elle est ratée ou même moyenne, elle est plus vilipendée que les autres genres, sous prétexte qu’elle est prétendument moins ambitieuse et qu’elle...

le 24 mars 2022

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

7

Play-It-Again-Seb

1155 critiques

Le retour de la griffe Goscinny-Uderzo

Depuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...

le 22 oct. 2021

Terreur aveugle

Terreur aveugle

8

Play-It-Again-Seb

1155 critiques

Bottes de cuir sans chapeau melon

Le sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...

le 18 nov. 2022