Voir le film

C'est toujours utile de fouiller dans la filmo d'un acteur. C'est rare de ne pas y trouver une petite (ou grosse) pépite. Là, j'ai examiné la filmo trés méconnue d'un acteur lui-même méconnu, David Hemmings. Après "Le Pervers" qui m'a plu, voilà que je tombe sur "Mort d'un Prof ?" qui m'intrigue. On remarque les deux titres très accrocheurs, voire racoleurs. Il faut dire que le titre original "Unman, Wittering and Zigo" n'est pas attirant. Pour les profs, je précise que ça correspond à la fin de la liste d'appel quotidien, et là, c'est beaucoup plus évocateur.

C'est plutôt l'affiche qui m'a attirée, avec ces ados aux regards peu amènes qu'on devine braqués sur le prof concerné. Cette pression des regards, hostiles ou pas, parlera à beaucoup de profs... Ce film résonnera sûrement beaucoup plus chez les enseignants. J'ai eu il y a longtemps des élèves de cet âge-là, alors certaines situations, même exagérées, m'ont rappelé des souvenirs, pas forcément agréables.


L'affiche est particulièrement parlante : l'histoire se passe au sein d'une école anglaise et est centrée sur les relations prof/élèves. Ce qui la rend d'emblée particulière, c'est que les élèves sont exclusivement des garçons et que ce sont des adolescents. Le prof, comme un instituteur, n'a qu'une seule classe. Si j'ajoute qu'ils n'ont rien à voir avec les garçons adorables et assoiffés de connaissances du professeur Keating, vous devinez que M. Ebony, le jeune prof débutant arborant le visage juvénile de David Hemmings, va passer un sale quart d'heure.

Ebony arrive en fin d'année pour remplacer un prof mort en tombant d'une falaise dans les environs de l'école. Après la première journée de test (très réaliste) à laquelle tous les profs sont confrontés, le jeune remplaçant va devoir réagir pour se faire respecter par cette classe 5b à la mauvaise réputation. Mais ses tentatives d'imposer son autorité vont être stoppées net. En effet, les élèves prétendent avoir tué leur ancien prof - tout en ayant un alibi en béton - et fournissent même des preuves au remplaçant. Après des doutes, Ebony devient convaincu de la réalité du meurtre, mais il se retrouve seul avec ce lourd secret. Les élèves lui proposent alors un marché, un "modus vivendi" qui satisfera les deux parties.

Le film suit alors le cauchemar dans lequel s'enfonce peu à peu le jeune enseignant, entre doute, peur et découragement. Le film est le portrait d'un jeune prof enthousiaste et inexpérimenté confronté à la difficulté, à une hiérarchie sourde qui le condamne à gérer seul la difficulté, au risque de sombrer dans la dépression et l'alcoolisme.

Mais il étudie aussi le groupe d'élèves manipulateur et de plus en plus menaçant. L'affrontement psychologique entre le prof isolé et la horde soudée est intense. Le malaise grandit et se fait de plus en plus étouffant, jusqu'à une scène éprouvante, glaçante et incroyablement audacieuse.

Se dessine aussi peu à peu le portrait de Pelham, le prof mort, qu'on découvrira vraiment à la fin du film. "Un échec", d'après les collègues expérimentés d'Ebony, ces profs désillusionnés, amers, un peu alcooliques. La fin est pessimiste, ambiguë, comme un malaise sans fin. Profs et élèves semblent condamnés à se haïr et s'affronter dans un cercle vicieux, les uns essayant de saper l'autorité de l'autre. L'autoritarisme et le sarcasme du prof ne font qu'envenimer les choses. On se demande pendant tout le film comment se finira cette guerre entre adulte et enfants.

Bien sûr, tout ça est exagéré. Il est rare d'en arriver à ce niveau de détérioration de la relation maître/élèves. Mais, j'ai trouvé ça audacieux et passionnant d'aborder la face sombre du métier d'enseignant, cette solitude et ce découragement, qui n'est jamais abordée pendant la "formation".


David Hemmings est une fois de plus remarquable, utilisant à merveille sa voix, son langage corporel et son regard très expressif pour faire ressentir les émotions et les tourments de son personnage. C'est vraiment un acteur qui mériterait plus de reconnaissance.

Le reste du casting est à sa hauteur, notamment les gamins, froids et manipulateurs, à la fois dangereux et en grand danger psychologique.


Mairrresse
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films des années 1970, Les meilleures pépites méconnues du cinéma, Enseignants et Les enfants sont trop mignons !

Créée

le 26 juil. 2025

Critique lue 24 fois

Maîrrresse

Écrit par

Critique lue 24 fois

D'autres avis sur Mort d'un prof ?

Mort d'un prof ?

Mort d'un prof ?

8

Mairrresse

426 critiques

Les risques du métier 2

C'est toujours utile de fouiller dans la filmo d'un acteur. C'est rare de ne pas y trouver une petite (ou grosse) pépite. Là, j'ai examiné la filmo trés méconnue d'un acteur lui-même méconnu, David...

le 26 juil. 2025

Du même critique

L'Abominable Docteur Phibes

L'Abominable Docteur Phibes

9

Mairrresse

426 critiques

Symphonie macabre en kitsch majeur

Un authentique chef-d'oeuvre kitsch et outrancier qui mélange allègrement horreur macabre, romantisme échevelé, esthétique Art déco et humour noir.Au milieu de cette orgie visuelle et sonore, Vincent...

le 28 mai 2025

Michel Strogoff

Michel Strogoff

6

Mairrresse

426 critiques

Par pure nostalgie

Un des films qui m'a traumatisée et fait rêver quand j'étais gamine, à l'époque où ce genre de film était diffusé presque chaque année, comme les Jean Marais. C'est sûrement le film qui est à...

le 21 avr. 2025

Mandy

Mandy

9

Mairrresse

426 critiques

La vie en mauve

J'ignore à quoi carbure le cerveau de Panos Cosmatos et je ne veux pas le savoir. Mais, ce qui compte, c'est qu'il continue de faire des films comme ça. A condition que ça ne nuise pas à sa santé,...

le 27 avr. 2025