Compliqué de faire du cinéma, d’autant plus quand on s’attaque à un genre usé jusqu’à la corde. Reproduire les mêmes schémas conduit à se faire dézinguer, sortir des clous et innover, et c’est l’ouverture de la chasse. Ce Mr. Brooks fait clairement le choix de l’innovation avec une narration originale. Notre serial killer se voit flanqué de son côté obscur qui lui colle aux basques à longueur de journée. Sur le papier, c’est sérieusement bancal mais quand c’est Kevin Costner qui incarne le serial killer et William Hurt sa conscience diabolique, cela donne quelques bons moments. Bien évidemment, à l’écran, le résultat est curieux et les discussions sans fin entre les deux occupent trop d’espaces mais ça passe. Ce qui passe un peu moins, c’est le sentiment de gâchis d’un scénario au fort potentiel (Kevin Costner avait même déclaré à l’époque que c’était un des meilleurs scénarios qu’il ait lus) qui semble, au final, ne pas trop savoir où il va, envoyant au fur et à mesure valser les lignes qu’il a mises à l’eau.
D’abord, le rôle de Demi Moore est transparent. Ce flic (rôle dans lequel sa crédibilité est quand même mise à rude épreuve) est un personnage qui ne sert qu’à faire avancer l’intrigue sans la moindre once de subtilité. Une fille pétée de thunes qui vient d’être plantée par son mari, lequel lui réclame une somme toujours plus astronomique pour valider leur divorce. Un personnage qui est poursuivi par un type qui vient de s’évader de prison et qui veut lui faire la peau. Un flic obsédé par le serial killer qu’elle rêve de mettre sous les verrous. Et, enfin, une enquêtrice qui a un flair du tonnerre quand elle suppose qu’un type est de mèche avec notre fameux serial killer. Cela fait beaucoup pour un seul personnage dont l’écriture ne tient pas une seule seconde, d’autant plus (et cela décevra les fans) qu’elle et Kevin Costner ne partagent aucune scène. C’est certainement d’ailleurs là où le film échoue à atteindre sa cible. Ses personnages sont mal écrits, jamais crédibles et leur comportement n’a ni queue ni tête. Dommage.
Dommage parce que certaines idées intéressantes traversent le récit : la fille du serial killer pourrait être, elle aussi, atteint du même mal que lui ; le serial killer doit composer avec un type qui l’a surpris en flagrant délit ; le serial killer trouve une astuce pour mettre l’enquêtrice dans l’embarras. Des idées comme celles-ci, il y en a à la pelle mais les promesses sont rarement tenues. Le script a toujours tendance à dénouer maladroitement les liens qu’il a tissés et ne parvient pas, de ce fait, à maintenir la pression qu’il a imaginée. Tout n’est pas raté, loin de là, et certaines séquences sont plutôt abouties. Malheureusement, le film ne parvient à réinventer le genre comme il en avait l’ambition. Par conséquent, on a droit à un petit thriller qui se veut très original mais qui est principalement sauvé par ses interprètes.
5,5