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Le requin qui a mordu Netflix plus fort que le spectateur n’a ri

Le 10 avril 2026, Netflix a accouché d’un ouragan de nullité pure intitulé Nature prédatrice. Un film où un ouragan de catégorie 5 décide de transformer une ville côtière en gigantesque buffet à volonté pour grands blancs et requins bulldogs en manque de protéines. L’idée de base ? Brillante sur le papier : de l’eau partout, des requins partout, des humains qui courent (ou plutôt qui nagent en mode chien) en hurlant. Sur l’écran ? Un désastre si monumental qu’il donne envie d’applaudir la météo pour avoir au moins essayé d’être crédible.


Dès les premières minutes, le ton est donné : l’ouragan arrive, les rues se noient, et soudain surgissent des squales qui se comportent comme des adolescents en sortie scolaire dans un centre commercial inondé. Un requin traverse un salon ? Classique. Un autre fait du parkour en sautant par une fenêtre du premier étage pour choper un figurant ? Du pur talent olympique aquatique. On se demande si les scénaristes ont écrit le script après avoir regardé Sharknado en accéléré tout en sniffant de la Javel. La physique ? Elle a pris des vacances aux Bahamas. La logique ? Elle s’est fait dévorer dès la scène d’ouverture.


Au centre de ce naufrage comique se trouve Phoebe Dynevor, actrice arrachée aux corsets de Bridgerton pour incarner une femme enceinte de neuf mois qui affronte à la fois les contractions et les mâchoires géantes. Son personnage et d'autres accumulent les décisions suicidaires avec une constance admirable : se réfugier dans une voiture qui coule plus vite que le Titanic, plonger dans une cave submergée « juste pour vérifier », ou hurler à pleins poumons dans une eau infestée comme si elle passait une commande chez McDrive. À un moment, on la voit barboter avec son ventre proéminent en mode bouée humaine. Respect à l’actrice pour avoir gardé son sérieux ; le bébé, lui, a probablement demandé à sortir plus tôt pour échapper au scénario.


Djimon Hounsou, avec son charisme habituel, joue le rôle du scientifique qui balance des répliques creuses du type « Ils sentent le sang ! » ou « La nature se venge ! » avec l’enthousiasme d’un poisson rouge dans un bocal. On imagine le casting : « Djimon, tu veux bien dire ça avec gravité ? – Combien ? » Whitney Peak, quant à elle, incarne la nièce agoraphobe qui sort enfin de chez elle… pour se faire poursuivre par des requins dans un supermarché. Thérapie par immersion totale : après ça, elle n’aura plus peur des espaces ouverts, seulement des rayons poissonnerie.


Tommy Wirkola, aux manettes, tente désespérément de filmer ça comme un survival horrifique sérieux. Plans sombres, pluie qui fouette l’objectif, hurlements stridents, musique qui veut faire peur. Résultat ? Un nanar involontaire d’une puissance rare. Les effets spéciaux oscillent entre « presque potable quand on voit flou » et « chaussette mouillée avec des dents Photoshop » dès que la caméra s’approche. Un grand blanc qui traverse un couloir d’immeuble comme s’il cherchait l’ascenseur ? Un autre qui fait du slalom entre les débris ? On rit, mais pas du suspense : on rit comme devant un clown qui rate son numéro et tombe dans la fosse aux lions.


Le message écologique glissé à la va-vite – « l’homme a construit trop près de la mer, la nature riposte » – est aussi subtil qu’un requin qui vous arrache la jambe en criant « pense à la planète ! ». Adam McKay, producteur, a dû insister pour caser ces lignes entre deux scènes de membres qui volent. C’est touchant. Comme mettre une ceinture de sécurité sur un cheval emballé.


Les personnages, dans leur ensemble, semblent avoir suivi un stage intensif de « Comment se faire manger en dix leçons faciles ». Ils courent vers le danger, ignorent les ailerons, choisissent systématiquement la porte qui mène au buffet squale. À croire que le vrai prédateur du film, ce n’est pas le requin, mais le script lui-même, qui dévore toute once d’intelligence sur son passage.


Nature prédatrice ne se contente pas d’être mauvais. Il atteint un niveau de ridicule si élevé qu’il frôle l’art abstrait. On y voit des requins faire du tourisme urbain, des humains prendre des décisions dignes d’un concours Darwin, et une mise en scène qui se prend pour Gravity alors qu’elle peine à atteindre le niveau d’un téléfilm des années 2000. C’est le genre de film où l’on parie entre amis sur qui va se faire croquer en premier, où chaque scène provoque un éclat de rire jaune, où l’on finit par rooter pour les squales parce qu’au moins eux, ils savent ce qu’ils veulent : du steak frais.


En somme, ce long-métrage n’est pas un simple nanar. C’est une masterclass en ratage absolu, un concentré de tout ce qui peut mal tourner dans un film de requins : scénario troué comme une passoire, effets spéciaux dignes d’un jeu vidéo piraté, dialogues écrits par un algorithme en dépression, et acteurs qui méritent une médaille pour ne pas avoir éclaté de rire pendant les prises. Netflix a encore frappé : après les romances sirupeuses et les thrillers recyclés, voici le requin qui coule définitivement la crédibilité.


Si le but était de divertir au second degré, mission accomplie… à condition d’avoir une bonne bouteille et plusieurs amis pour se moquer en chœur. Sinon, c’est simplement une heure et demie de torture aquatique où même les requins semblent embarrassés par le scénario. Un conseil : laissez ce film nager tout seul vers l’oubli. La vraie prédation ici, c’est celle exercée sur le temps et l’intelligence du spectateur.

Kelemvor

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