Je ne m'attendais pas à grand chose en lançant ce film, présenté comme un thriller psychologique aux accents horrifiques. Aussitôt terminé, je peine à me souvenir de films aussi éprouvants et traumatisants que cette trouvaille danoise.

Comme toute personne normalement constituée, je n'ai pas passé un bon moment et j'ai eu du mal à trouver le sommeil.


Le film est réussi, principalement par sa maitrise des différents degrés d'horreur. Certaines critiques négatives l'abordent avec un prisme hollywoodien, celui d'une horreur qui monterait crescendo jusqu'au déchainement final. Ce n'est clairement pas l'angle de ce film, qui installe une première partie angoissante et inconfortable entre paroles déplacées, décalage social et ambiance malsaine. Le malaise vient à la fois des hôtes hollandais et leurs comportements de plus en plus dérangeants, de l'enfant mutique, du comportement des hôtes à l'égard de la fille des protagonistes, le tout accompagné par des effets sonores et mouvements de caméra oppressants.


C'est là tout l’intérêt de ne rien en attendre avant de le lancer, on prend cette première partie pour ce qu'elle est plutôt que d'attendre ce fameux crescendo, pour ensuite venir écrire ici que le film "met du temps à démarrer", ce qui n'a pas de sens selon moi:

On pourrait même s'arrêter avant la découverte du cabanon, ce serait un court métrage d'horreur psychologique aussi pénible qu'efficace.

Efficace, la seconde partie l'est tout autant dans le genre "horreur pure". Les spectateurs comme moi qui y sont allés vierges de tout aperçu et retours sur le film ne peuvent pas redouter un tel niveau de violence.


Ce n'est pas de l'horreur "pop corn" et des petits frissons dont le spectateur sort parfaitement indemne, le choc persiste pendant plusieurs jours, au mieux. Pour ma part, le plus effrayant est de repenser aux scènes anodines ou légèrement gênantes de la première partie, qui se retrouvent éclairées par la seconde :

(Par exemple, la scène glaçante où le garçon ouvre la bouche et où l'on comprend par la suite qu'il cherchait à alerter l'invité).

Je recommande ce film, sauf à qui vivrait une période difficile, on est loin du divertissement d'Halloween.


Plusieurs critiques négatives sont ici récurrentes et je vais tenter d'y répondre: D'abord, le "message" du film. Il est important de distinguer le sujet d'un film, les propos de ses personnages, et le positionnement politique ou sociétal du réalisateur. Tout cela n'est pas toujours aussi clair que certains voudraient le penser. Plusieurs critiques descendent le film uniquement parce que leurs auteurs n'adhèrent pas au "message" qu'ils pensent lire dans le film.


Parmi ces messages, il y aurait le discours stigmatisant les "bobos fragiles des centre-ville" qui se laissent faire et ne fuient pas malgré les signaux inquiétants. Il faut se mettre à la place des personnages: s'enfuir en pleine nuit de la maison d'un couple qui nous invite n'est pas un acte anodin, et la gêne ressentie face au mode de vie du couple au tout début du film ne pousserait pas grand monde à faire ses valises à 4h du matin

(Chose qu'ils n'hésitent d'ailleurs pas à faire au premier évènement réellement grave)

Le réalisateur a d'ailleurs indiqué qu'il ne voulait pas accabler son couple danois, mais montrer comment les conventions sociales, la volonté de ne pas blesser autrui et la difficulté à situer la limite entre la simple différence et l'inacceptable -lorsqu'on y est confronté de plein fouet- peuvent parfois retarder la réaction.

Ces conventions sociales sont universelles, les urbains aisés ne sont pas les seuls concernés et la plupart d'entre nous auraient probablement commis les mêmes erreurs.

Le film a le mérite de nous faire réfléchir à nos propres limites et à notre discernement face à des situations plus communes où se pose la question de l'arbitrage entre notre propre ressenti, celui de nos proches et la volonté d'être "bien perçu" par les autres.


L'autre critique qui m'a interpellé est celle d'un supposé "victime blaming" du couple, illustré par la dernière phrase du hollandais:

"Pourquoi ? Parce que vous nous avez laissé faire"

Depuis quand une réplique prononcée par le "méchant" d'un film devient automatiquement une prise de position du réalisateur..? On peut au contraire y voir une critique de ce victime blaming, ou une illustration du phénomène de sidération souvent mobilisé dans le champ des violences sexuelles (voir le nombre de violeurs qui expliquent leur acte par l'absence de réaction de la victime).

Personnellement, je me suis identifié au couple danois, j'aurais peut-être laissé passer beaucoup de choses et quand le piège se referme et que la violence se déchaine, on ne trouve pas toujours d'échappatoire.



Il y a aussi la critique de l'ultra violence et du réalisme de celle-ci, que je ne balayerai pas d'un revers de main. Comme je l'ai écrit plus haut, ce n'est pas un film d'horreur conventionnel et certaines personnes se posent légitimement la question de l'intérêt de réaliser des films aussi insoutenables,

(en franchissant notamment la ligne rouge tacite des violences faites aux enfants)

Cette critique tient à la définition même du cinéma, art ou divertissement ? L'un ou l'autre, parfois les deux. Ce qui est certain, c'est que l'art n'a pas vocation à être agréable ou positif, ni à ménager le spectateur.

-But, what the point ?? -C'est vrai, on se demande quel est l'objectif d'aller aussi loin, je me suis moi même posé la question devant la dernière partie. Je n'ai pas vraiment de réponse, heureux celui qui possède la définition unique de l'art et de ce qui en est exclu. Cependant, malgré l'inconfort extrême ressenti devant Speak no Evil, je le trouve réussi car ses effets fonctionnent, et il soulève des questions intéressantes sur notre rapport aux autres, à nos proches et au danger.


Ce film confirme qu'il y a vraiment deux écoles dans le cinéma d'horreur, la team pop corn et la team horreur réelle. Loin de moi l'intention de choisir la seconde, je vais d'ailleurs laisser passer une bonne période avant d'attaquer un autre film de la deuxième école. Mais je voulais défendre ce film face à des critiques que je trouve injustes ou inadaptées.

Malatesta75
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le 19 août 2026

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