Entre 1971 et 1973, Chantal Akerman a quitté brusquement Bruxelles, sans prévenir personne, pour partir à New York. Dans News from Home, la cinéaste raconte son séjour, à sa façon ; elle lit en voix off les lettres que sa mère lui a adressées durant cette période, et à l'écran, défilent de longs plans de la ville.
Pour commencer, on ne peut pas parler de News from Home sans évoquer la splendeur des images de Chantal Akerman. Les plans sont longs, très longs, mais présentent un portrait fabuleux de la ville de New York, de ses habitants. Il y a une séquence dans un métro, qui selon moi représente non seulement tout ce qui fait la beauté de ce film mais aussi la beauté du genre du documentaire dans son ensemble. Akerman (accompagnée de Babette Mangolte, sa chef opératrice) filme l'intérieur d'un wagon de métro New-Yorkais, en un seul plan fixe. Le plan doit bien durer 5-10 minutes, et c'est probablement le plus beau d'un film qui en possède pourtant beaucoup de sublimes. En filmant ce wagon, Akerman filme les habitants de New-York, tels qu'ils sont, sans artifices. Rien ne se passe à l'écran et pourtant tout se passe : alors que c'est la deuxième fois que je vois ce film je suis sûr que si je revoyais le plan maintenant je trouverais quelque chose de nouveau, que je n'avais pas vu avant. C'est parce qu'à l'écran il y a autant d'histoires merveilleuses qui se déroulent qu'il n'y a de passagers ; chacun fait quelque chose de différent, d'unique, d'inattendu. Ça me fait penser à ce que nous disait Albert Serra lorsqu'il parlait des scènes dans la voiture dans dernier film Tardes de Soledad : ce sont des séquences absolument impossibles à reproduire dans un film de fiction, qui font peut-être toute la beauté et la spécificité du genre du documentaire.
Sur ces images merveilleuses, Akerman lit en voix off les lettres que sa mère Natalia Akerman lui a adressées durant son séjour. La réalisatrice ne prend pas la peine de lire ses propres réponses ; ce sont les images qui répondent elles-mêmes aux lettres de sa mère. L'image répond au son, le son répond à l'image, c'est ça le cinéma.
À travers les lettres de sa mère, Akerman nous rappelle qu'on aura beau partir le plus loin possible, le plus discrètement possible, notre foyer familial, nos racines ne nous quitteront jamais vraiment, pour le meilleur et pour le pire. Il y a quelque chose de merveilleux à écouter la mère d'Akerman, qui veut à la fois le bonheur de sa fille mais qui rêve aussi de la revoir enfin. À travers les réponses de sa mère, et les images qu'elle filme, on sent que le foyer d'Akerman lui manque aussi, mais qu'elle ne compte pas revenir tout de suite pour autant. Ces lettres n'apparaissent pas comme des dérangements dans l'aventure New-Yorkaise de la réalisatrice mais plutôt comme tout ce qui la lie avec sa vraie maison.
Je trouve tout ce propos sur le foyer familial absolument merveilleux.
À travers News from Home, Chantal Akerman dresse un portrait merveilleux de la ville de New-York et de ses habitants, et nous rappelle que, même si on désire s'émanciper, se libérer de nos racines, il est parfois bon de recevoir, de temps en temps, une lettre de la maison.