Bon, bon, bon...on s'attaque à une imposture formelle et morale absolue : 'Night Patrol' de Ryan Prows, sorti en 2026. Un film qui s'avance masqué derrière un pitch de série B ultra-alléchant — un flic noir de la police de Los Angeles découvre que l'unité d'élite de sa patrouille nocturne est composée de flics vampires — mais qui capitule en rase campagne pour ne livrer qu'un produit de flux profondément opportuniste et lissé.
On est face à un projet qui souffre d'une schizophrénie terminale. Dans le premier tiers, on pourrait presque se laisser séduire par l'artisanat technique. La photographie nocturne de Los Angeles est plutôt soignée, installant une lourde atmosphère de thriller urbain poisseux qui lorgne maladroitement du côté de Maniac Cop ou de The Wire. Le casting tente de faire le job, notamment Jermaine Fowler en flic pris en étau ou Nicki Micheaux en figure maternelle protectrice dans des cités HLM bouffées par la précarité. C'est proprement emballé, mais cette façade technique n'est là que pour masquer le vide abyssal de l'écriture. Le film s'embourbe pendant près d'une heure dans des tunnels procéduraux somnolents avant de se rappeler qu'il a un concept fantastique à honorer.
Mais là où Night Patrol devient proprement indécent, c'est dans sa politique des formes et son positionnement idéologique. Le film prétend s'ancrer dans notre climat politique contemporain en agitant les spectres du racisme institutionnel et des violences policières d'État. Sauf que le scénario traite ces traumatismes réels avec une paresse intellectuelle révoltante, les réduisant à un pur gadget marketing. Faire des hauts gradés du LAPD des vampires littéraux qui utilisent le "redlining" et la ségrégation urbaine pour parquer les populations racisées afin d'en faire leur bétail, ce n'est pas une métaphore subversive : c'est de l'exploitation pure et simple.
En transformant la violence policière systémique en une simple monstruosité fantastique, Ryan Prows dépolitise totalement son sujet. La brutalité d'un système capitaliste et d'une milice d'État n'est plus analysée comme un problème d'infrastructure politique, elle est réduite à une affaire de monstres de cartoon qu'il faut dessouder à coups de fusil à pompe. Pour couronner le tout, le film sabote constamment sa propre gravité. La performance de Justin Long en flic ripou est un naufrage de cabotinage grotesque, qui fait basculer le métrage dans la farce stoner immature au lieu de tenir le cap du cauchemar social.
Le final achève de révéler la nature purement mercantile de l'entreprise. Ça charcle, ça balance de l'ichor et du gore de manière généreuse pour exciter le geek de plateforme, avant de se clore sur un cliffhanger artificiel et frustrant, pensé uniquement pour ouvrir la porte à une franchise commerciale pour Shudder.
On ressort de là avec un profond sentiment de dégoût face à ce cinéma libéral américain, capable de cannibaliser les luttes et les souffrances réelles des quartiers pour en faire un divertissement de flux interchangeable, cynique et moralement lâche. Un pétard mouillé qui n'a ni le courage de sa subversion, ni l'intelligence de sa politique. Rangez les crocs, il n'y a absolument rien à voir.